Le weekend où Lena Dunham aurait mieux fait de se taire

A la rédac’, nos avis divergent diamétralement quant au cas Lena Dunham. Certain(e)s saluent son humour, son intelligence, son génie créateur, son avant-gardisme avec Girls et son impénitence quant à l’exposition d’un corps aux opposés des standards anorexiques de la mode. Pour les autres, Lena Dunham (artiste pour autant admirable) est la parfaite représentante des tares attachées au « white feminism », ce « féminisme » nombriliste conscient de lui-même uniquement lorsque directement impacté par le méchant patriarcat, hermétique aux problématiques rencontrées par tout individu(e) étranger(e) à sa petite bulle (« intersectionnalité quoi? »), et ayant tendance à abuser d’une posture pleurnicharde d’innocente victime. Girls ? Une série qui aura durablement façonné l’image de trentenaires autocentrées d’une superficialité idéologique inquiétante (pour exemples, rappelons qu’Hannah n’a aucun problème à sortir avec un Républicain jusqu’à ce que ce dernier critique ses talents d’écriture, ou encore les considérations d’une profondeur confondante de Jessa: « les Démocrates et les Républicains, c’est la même »). Une série dans laquelle la valeur d’amitié féminine telle qu’inscrite dans le marbre de la popculture par Sex & The City n’existe pas. Une série qui a tenté de faire passer un viol pour un acte « d’incompréhension ». Une série qui se veut sur les femmes avec un grand F mais dont les héroïnes sont quatre demoiselles blanches de milieu aisé (et le New York Times qui ne perçoit même pas la triste ironie d’utiliser une photo du cast de Girls pour légender le titre « The New Shades Of Feminism ? »). Une série où l’on vous apprend, entre autres fumisteries, qu’il est normal de rester avec votre loser de mec quand bien même il vous mentirait sur ses MST.

Comme vous l’avez sûrement deviné, les rédacteurs de cette article font partie de la deuxième catégorie. En général, nous n’aimons pas trasher Lena Dunhman, ni qui que ce soit d’ailleurs – à par dans le calfeutré de notre grotte de petites fouines -. Mais ce week-end, elle nous a offert une occasion tellement belle de déverser notre bile qu’il serait sacrilège de nous en priver (nous aurions pu nous défouler sur la harpie white trash Tomi Lahren, mais au vue de ses presque fascinantes dernières prestations l’exercice aurait été trop facile. Une prochaine fois).

Vendredi sortait la dernière édition du Lenny Letter, l’hebdomadaire newsletter féministe créée par Lena Dunham et Jennifer Konner. Dans ce numéro, nous pouvions retrouver une interview de Lena par Amy Schumer, entretien dans lequel la créatrice de Girls nous racontait ses trépidantes aventures au dernier Met Gala. Assise à coté d’un Odell Beckham Jr. apparemment absorbé par son portable, elle crut bon d’étaler à sa bestie – et à toute la planète – son sentiment de frustration face à l’indifférence de l’athlète. Jugez plutôt:

« I was sitting next to Odell Beckham Jr., and it was so amazing because it was like he looked at me and he determined I was not the shape of a woman by his standards. He was like, ‘That’s a marshmallow. That’s a child. That’s a dog.’ It wasn’t mean — he just seemed confused. »The vibe was very much like, ‘Do I want to fuck it? Is it wearing a … yep, it’s wearing a tuxedo. I’m going to go back to my cell phone.’ It was like we were forced to be together, and he literally was scrolling Instagram rather than have to look at a woman in a bow tie. I was like, ‘This should be called the Metropolitan Museum of Getting Rejected by Athletes.' »

Ahhhh, Lena Lena Lena. Pauvre petite chose. Après nous être assurés que tu vivais toujours (nous avions peur que tu ne te sois noyée dans ton océan d’extra salty white tears), nous avons choisi de lister et de structurer les raisons des réactions face à ton message.

1) « Même si je les aime beaucoup, mes amis imaginaires sont… Imaginaires »

N’est-il pas quelque peu fallacieux de prêter des propos d’obsédé sexuel stupide à un jeune homme que tu ne connais pas et à qui, de fait, tu n’as jamais parlé ? N’est-il pas étrange d’en vouloir à quelqu’un pour une conversation que tu as eu, en réalité, avec toi même ? Quel niveau d’absorption personnelle as-tu atteint pour juger inacceptable que ce pendard ne manifeste pas son sentiment d’honneur – et surtout d’appétence sexuelle – face à ton auguste présence ? Et franchement, puisque tu as réussi à voir qu’il scrollait Instagram… How creepy are you?

2) Profession: féministe à temps partiel

Dans un contexte où un violeur peut retrouver sa liberté par le simple fait d’être blanc, membre de l’Ivy League et donc promis à un brillant avenir qu’il ne faudrait pas entacher avec une erreur de jeunesse (de toute façon – comme nous le savons depuis Girls – le viol n’est qu’une histoire d’incompréhension) et où des articles sont publiés sur la meilleure manière d’aborder une fille qui porte des écouteurs (spoiler alerte: le post suivant s’intitulerait « Nos meilleures adresses pour se procurer de GHB pas cher et les techniques les plus efficaces pour le glisser discrètement dans un verre »), crois-tu malin, Lena, de geindre parce qu’un mec ne t’a pas sauté dessus, ne t’a pas objectifiée et identifiée comme outil sexuel ? Le goujat ! Ton discours est la copie conforme des jérémiades de l’abrutit type, frustré parce que ses « hey madmoiselle !! » n’ont – étrangement – pas eu l’effet escompté sur sa pauvre victime; en pire. Résumé du paradoxe en trois tweets:

3) « La sursexualisation de l’homme noir aux USA ? Connais pas. »

Attention. Loin de nous ici l’idée d’affirmer qu’un sous texte raciste motiverait consciemment tes plaintes, Lena. Mais comme l’ont notés certains petits malins bien plus sensibles à l’histoire et au contexte social américains que tu ne sembles l’être, n’y aurait-il pas ici une des nombreuses représentations cliché de l’homme noir incapable de la garder dans son pantalon ? Pour ceux qui penseraient que cette manie d’ethniciser tous les problèmes du monde commence à être pénible: il y a quelques jours, une vidéo a émergé montrant une femme blanche braillant au viol parce qu’un homme noir s’approchait d’elle pour lui poser une question. Marrant, einh ? Si dans ce cas présent la conclusion de l’affaire fut juste de couvrir Miss Daisy de ridicule, rappelons que 60 ans plus tôt des individus mourraient lynchés pour les mêmes raisons.

(meilleur tweet sur le sujet):

Et malheureusement Lena, ta réponse ne fit que confirmer le bien-fondé de la tornade de tweets raillant ton dérapage :

Sauf que Lena, la vie réelle ne fonctionne que rarement sur un modèle de déresponsabilisation (du moins pour 95% de la planète). Les guillemets, par exemple, sont utilisées pour citer quelqu’un dans le texte, et non pas pour prêter à cette personne des affabulations sorties d’un cerveau à inclinaison victimaire. Ensuite, il est tout à fait compréhensible d’avoir ses insécurités et ses doutes. Par contre, les projeter sur un individu qui n’en est en aucun cas responsable – et l’afficher à la terre entière – est un processus malhonnête, voir répréhensible. Enfin, quand l’anti-féminisme et l’absence de considération pour tout contexte social de ton texte sont légitimement pointés du doigt, esquiver les justes critiques par la pirouette du machine roar est loin d’être la meilleure démarche. Ton sentiment de bon droit et de légitimité absolue n’a pas fini de nous épater; mais sais-tu qui d’autre a pour habitude d’adopter un comportement similaire ? Les tenants masculins du white privilege et du patriarcat que tu as si bon ton de conspuer quand cela t’arrange.

Finissons néanmoins sur une note légère. Comme le fait très bien remarquer ce tweet, il y a au moins une chose que l’on ne peut t’enlever Lena: tu es un élément fédérateur entre personnes aux obédiences/ethnies/genres complètement opposés. Et ça, ça fait du bien. Ne change rien surtout.

Update : faute avouée à moité pardonnée:

Photo de Une : @Konbini