Dan

Dan

J’ai rencontré Dan au nouvel an. Enfin le soir d’avant, Silvester, en allemand. Je venais d’annuler mes plans et me retrouvais sans savoir vraiment où aller. C’est à ce moment-là que mon portable a sonné. Direction la WG de mon ami Cédric, Friedrichshain, Party. Dan est arrivé une heure après moi environ. C’est sa voix que j’ai rencontrée en premier. J’étais dans la cuisine, servais des verres de Sekt quand je l’ai entendue. Grave, suave, délicieuse. J’ai passé la tête de l’autre côté du mur et je l’ai vu. Un grand mec, beau mec, cheveux d’un noir de jais, barbe de dix-huit jours, et un regard de loup. Des yeux mi-bruns, mi-verts, de ceux-là qui vous hypnotisent.
Une fois rapprochés, on ne s’est plus vraiment lâchés. Sans séduction véritable, mais de bons moments. Dan est mathématicien. Dan parcourt le monde en maître de conférence. Dan part pour l’Afrique du Sud dans six semaines. Pour cinq ans. Le candidat idéal pour quelques nuits torrides, histoire de bien commencer l’année.
Alors je passe ma main dans mes cheveux, sur mon cou, je relève discrètement mon pull, comme gênée de la profondeur du décolleté. Je joue la fille blasée, place quelque part mon célibat, attends. Feux d’artifice à minuit, sourires partagés, discussions, encore, moi appuyée contre le mur de l’immeuble, brûlante d’excitation. Les feux d’artifice sûrement. Deux heures, beaucoup sont partis, parents d’enfants endormis ou travailleurs du deux janvier. Mais Dan est toujours là, toujours avec moi, et sur mon front s’affiche un « me ramèneras-tu chez toi ? ». Quatre heures, Dan, l’air gêné, m’annonce qu’il s’en va. Silence bizarre. Ah. « Prends-moi avec toi, prends-moi chez toi, prends-moi. » Mais les mots ne sortent pas, je ne me vois vraiment pas dire ça. Alors j’acquiesce. Mmm. Ok. Échange de numéros. Porte qui claque. Je rentre chez moi. Frustrée. Sèche désormais.
Échange de messages, mais le moment est passé. Plus très envie de le voir Dan. Finalement il n’était pas si beau, charismatique vraiment ? Je ne sais plus trop.

J’ai revu Dan à Kreuzberg, on s’est finalement donné rendez-vous. Rien à faire, et puis obligée de rien n’est-ce pas ? Au pire on ne boira qu’un verre et je prétexterai un lever tôt, un mail à envoyer, un coup de téléphone urgent. Je prétexterai. Deux bouteilles de vin et une part de gâteau gingembre-chocolat plus tard, je suis assise sur le canapé d’un bar, la cuisse frôlant la sienne, la tête dans la main, passionnée. Je cherche un signe, guette un mouvement, un rapprochement, un regard… Et rien. À croire que Dan voulait juste boire un verre. « Mais mince tu t’en vas dans six semaines ! On n’est pas là pour se faire des amis, si ? » Situation étrange. Le vin fait définitivement son effet, le gingembre aussi. Je crois qu’il me parle de Toronto, ou serait-ce du Mali ? Je ne sais pas trop et je m’en fous. Moi je plonge dans ses yeux, dérive sur ses mains, m’accroche à son cou. Si l’on était seuls, si j’osais. Je poserais un doigt sur ses lèvres, je m’approcherais doucement, escaladerais ce canapé pour m’asseoir à califourchon. Sur lui. Passer mes mains autour de sa nuque, incliner sa tête contre mes seins. Il embrasserait ma peau du bout des lèvres. Réagirait enfin. Ses bras quitteraient doucement le dossier du canapé pour s’approcher de la douceur du cachemire. Ses mains se glisseraient bien vite sous mon pull, ses doigts caresseraient mes hanches, mon dos. Ses baisers remonteraient vers mon cou, aspirant mon parfum. Les yeux fermés, je me renverse en arrière, ses mains au milieu de mon dos me retiennent, j’ouvre les yeux, plonge dans les siens, l’embrasse. Je le sentirais se durcir contre ma culotte sous ma robe. Moment ultime où l’excitation ne permet plus de retour en arrière. Moment intime où l’on sait où tout cela nous mène. J’esquisserais un mouvement de hanches pour le faire rêver un peu plus, rêver à mon corps souple, mouvant sous le sien. Comme prévu il se raidirait encore, ses mains plus rapides chercheraient mes fesses, mon soutien-gorge. L’arrachant à demi il mordrait à mes seins, sa langue sur mes tétons, durs, toujours plus durs. Je respirerais plus fort, hypnotisée, l’obligerais à se défaire de son tee-shirt, puis déferais son jean. Relèverais les bras, le laisserais faire, ma robe, mon soutien-gorge. Alors il descendrait son caleçon, d’où émergerait son sexe dur, parfait, m’arracherait ma culotte, et sur un regard appuyé, je lui donnerais mon accord. Une main sur son sexe, l’autre sur ma fesse, il me soulèverait pour me reposer sur son pieu. Soupir de délice, de soulagement, mmmm enfin… Je sourirais, il fermerait les yeux, je lancerais le mouvement, mes hanches par roulement, me soulevant, me rabaissant, accélérant de temps en temps, je savourerais l’instant. Deux êtres en manque de connexions, deux êtres prêts à se donner sans raison, sans retenue, pour quelques semaines avant de ne plus jamais se voir.

Si seulement il pouvait arrêter de parler et me ramener chez lui. Merde.