Mood#3 : Bleu sorbet

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Il a les yeux bleus. Non je ne vais pas commencer par ses yeux. Par ses cheveux ? Ses cheveux bien coiffés bien lissés ? Il me faudrait un ordre sinon je sens que je vais m’y perdre. Du haut vers le bas ? Du bas vers le haut ? Je ne sais plus ce qu’il portait comme chaussures. Si je le sais, je l’ai observé en détails quand il a gravi les escaliers pour me rejoindre. Je pourrais commencer par les vêtements que j’aimerais lui ôter. Un par un. Ou commencer par ce qui m’a le plus touchée. Fait vibrer. Ses yeux glacés sans hésiter. On y revient. Il a les yeux bleu sorbet. Givrés. La couleur de ces lacs de montagne qui vous ravissent après des heures d’escalade à vous bousiller les chaussures dans les rochets. De ces lacs parfaitement calmes, sans reflet si ce n’est celui des oiseaux qui y passent. Dans lesquels on n’ose même pas tremper les doigts car on sait à l’avance qu’on frissonnera. Son visage est comme taillé dans un bloc de marbre. Il est parfaitement lisse. Pâle mais il brille sous le soleil de printemps. Les lignes de ses joues sont marquées. Taillées à la hâte. Son menton avance légèrement. Sa bouche appelle la caresse. La mousse légère qui s’est déposée au-dessus de sa lèvre ne demande qu’une langue pour l’ôter. J’agrippe nerveusement ma bouteille d’eau. Je commande un jus d’abricot. Il parle avec un accent. Très léger. Suffisant pour savoir qu’il n’est pas d’ici. D’un ailleurs qu’on aimerait visiter avec lui. Caressant sa main caressant ses doigts. Le col rond, abîmé de son tee-shirt laisse entrevoir quelques poils dorés par le soleil. Il revient de vacances. Un gilet gris cache de longs bras dont on devine les vagues. J’aimerais y plonger m’y noyer. Je lui tends le livre promis, il sort une paire de lunettes de son sac en toile. De jolies lunettes rondes qu’il pose sur son nez droit. Je fonds. Il tourne quelques pages et la brise qui s’échappe du petit livre de poche me glace. Chair de poule de mes poignets à mon crâne. J’aimerais qu’il tourne encore quelques pages, que cette brise me caresse encore. Je ferme les yeux pendant qu’il lit, j’écoute sa voix sa voix grave son accent, je l’imagine me soufflant ces mots à l’oreille, j’imagine que cette brise est la caresse de son tee-shirt sur ma poitrine nue, celle de son souffle dans mon cou, j’ouvre les yeux réveillée par le fracas du silence. Il me sourit et range le livre dans son sac en toile. Bleu sorbet. C’est foutu, je viens de m’y noyer.