Lettre à un coloc

©Bruna

Cher colocartiste,

Je suis désolée pour toi tu sais parfois. Désolée de pas avoir descendu la poubelle l’autre jour. Désolée de boucher la baignoire avec mes cheveux qui s’infiltrent partout, et de parfois oublier mon linge dehors à sécher pendant trois jours. Je suis désolée de boire toutes les bières, de pas faire souvent les courses, de toujours prendre des parfums bizarres pour le liquide vaisselle (mais quand même, mangue juteuse, avoue c’est drôle non ?). Désolée aussi, l’autre jour il faisait froid je suis pas sortie sur le balcon, j’ai fumé ma clope dans le salon, et après je m’en voulais tellement j’ai mis du parfum à chiottes partout, mais ça puait encore plus, alors j’ai aéré hyper longtemps et au final il faisait aussi froid à l’intérieur que dehors, ça avait servi à rien. Désolée de jamais cuisiner, de toujours t’embarquer dans mes plans de soirées foireux, de pas te dire à quel point ça compte pour moi que tu sois là, de toujours vérifier au bar que ton verre est plein alors que tu n’as plus envie de boire. Je suis désolée de courir partout, avoir trois mille trucs à faire, et quand enfin je me pose à la maison c’est pour pleurer sur ton épaule pour que tu mouches mes angoisses. Je suis tellement désolée, d’avoir l’impression d’être impuissante, d’être pas présente, d’être prisonnière un peu de l’admiration que j’ai pour toi. Je suis désolée de jamais te dire ce que tu aurais besoin d’entendre, pas trouver les mots ni même en écrivant, je suis désolée de jalouser parfois quand je vois ce que tu crées, quand je vois ce que tu imagines et tout ce que tu sais, de pas te dire à quel point tu sais me faire rire et me réconforter, à quel point de ma famille de substitution tu es le mur porteur, et aussi t’avouer enfin que j’ai jamais nettoyé le frigo comme j’avais dit que je le ferais parce que j’ai la flemme. Je suis désolée, d’espérer un jour être aussi stylée que toi, quand on est de sortie et que je te trouve le plus beau, et moi je plouc à coté. Je suis désolée pour toi que tu doives me supporter, avec mes aigreurs mes envies d’ailleurs et d’ici en même temps, je suis désolée de jamais comprendre comment marche l’imprimante, et de t’appeler au secours dès qu’on est en dèche de céréales au chocolat. Désolée, de pas avoir su gérer la mort du chat sans pleurer, désolée d’avoir laissé des traces de morve sur ta chemise, et désolée de vouloir te piquer tous tes caleçons parce que quand même, c’est hyper confortable. Je fais tout ce que je peux, pour être moi aussi une bonne colocartiste, et digne de notre bail signé à deux.

Promis, je range la cuisine avant de partir.

Coloquement tienne,

B.

PS : tu pourras surveiller ma voiture pendant que je suis pas là..?