On a fait un tour au Naughty Xmas Market

© Alixia Mainnemare

16 décembre 2017, Urban Spree

Tandis que les uns engloutissent des litres de Glühwein sous prétexte qu’il fait froid et que les autres restent netflixer au chaud avec une pile de Lebkuchen, nous, on est allées faire un tour au marché de Noël érotique de Berlin (of course). On a rencontré des femmes et des hommes qui font bouger les choses, qui contribuent à l’empowerment des femmes dans leur sexualité et dans la vie. Et on a (re)découvert des tas de choses applicables même après Noël, une fois que les illuminations ne sont plus là pour masquer la grisaille berlinoise. En voici quatre :

Une forme : le clitoris

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Clitzilla par Vulvae

Si le clitoris ne fait habituellement pas l’objet d’une médiatisation massive, au Naughty Xmas Market, il est impossible de le rater : une sculpture géante à son effigie, au doux nom de Clitzilla, pend au milieu de la pièce. En-dessous, une pancarte « Please touch me » (= veuillez toucher svp). Message reçu. Une manière pour l’artiste Vulvae d’attirer l’attention sur l’organe principal du plaisir féminin.

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Clito version grand format et version pendentif (à gauche)

La marque berlinoise Clito, au stand juste à côté, poursuit le même objectif en vendant divers objets (pendentifs, objets déco) de cette forme. Caroline Barrueco, responsable de la marque explique :

« C’est fou que la plupart des femmes ne connaissent pas la forme de leur propre clitoris ! Dans les relations sexuelles, les femmes ont en moyenne trois fois moins d’orgasmes que les hommes. À mon avis, c’est dû à un manque de connaissance de son propre corps. Avec mon projet, je veux attirer l’attention sur cette partie du corps et inviter à l’exploration de celui-ci, à découvrir son plaisir. Se connaître permet de mieux s’exprimer sur ce qu’on veut et ainsi gagner en confiance en soi. »

Caroline ajoute, espiègle : « Je voudrais faire en sorte que la forme du clitoris soit si populaire, qu’on la retrouve gribouillée sur les murs des toilettes du monde entier, au même titre que le pénis. »

Un mot : klittra

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Conférence de Christina Marth sur le « sexe en solo »

« Je n’aime pas le terme de masturbation. Il a une connotation négative et signifie « la main qui souille ». C’est un terme qui véhicule des idées de honte, d’impureté, d’amoralité etc. »

Christina Marth est experte en masturbation. Dans son workshop, elle défend cette pratique avec le slogan « la masturbation ne brisera pas ton coeur ». Pas de travaux pratiques dans ce workshop cependant. Christina cherche surtout à ouvrir la discussion sur une pratique saine, joyeuse et pourtant taboue. Une façon de la normaliser et de briser les sentiments de honte qui lui sont encore associés.

Christina Marth explique que du XVIIIe au XXe siècle, on a utilisé toutes formes de moyens de répression plus ou moins violents (ceintures, cages, serrures voire opérations chirurgicales) en Europe pour empêcher la masturbation. Notons que l’excision est encore pratiquée de nos jours (200 millions de femmes dans le monde en 2016). En ce qui concerne la masturbation, comme le souligne Christina, tout le monde le fait et pourtant un énorme tabou plane sur le sujet.

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Pendant le workshop de « sexe en solo »

Réhabilitons donc cette pratique 100% saine et joyeuse ! Comme pour beaucoup de choses, cela commence par la sémantique. L’association suédoise pour l’éducation sexuelle (RFSU) a donc organisé un concours en 2014 pour choisir un terme à connotation positive dédié à la masturbation féminine, pour laquelle on recense un vocabulaire restreint voire inexistant. Le RFSU a choisi le terme de « klittra », qui associe les mots de « clitoris » et « glitter » (paillettes), parce qu’il souligne l’importance du clitoris dans le plaisir féminin.

Un art : le burlesque

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Lady Lou au stand de Bedroom Burlesque

Elle est blonde, moulée dans une jupe crayon, juchée sur des talons aiguille. Tout sourire écarlate, elle pose derrière un assortiment de plumes, de cache-tétons, kimonos de satin rouge et harnais de cuir.

C’est Lady Lou, la danseuse burlesque qui veut redonner aux femmes confiance en elles via son art.

« Le strip-tease et le burlesque sont deux métiers totalement différents. L’un n’est pas mieux que l’autre, ce n’est simplement pas la même chose. La strip-teaseuse assouvit les désirs des hommes. La danseuse burlesque, elle, est là pour exprimer sa propre sensualité. Quand je me prépare pour un show je me demande : qu’est-ce que JE veux porter, quel type de femme est-ce que JE veux être ? Je ne me demande pas forcément ce que les hommes veulent voir. »

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Accessoires de Bedroom Burlesque

On est impressionnées par la force que dégage Lady Lou. Elle explique que sa vie a changé avec le burlesque : « « L’empouvoirement » que le burlesque m’a apporté est incroyable. J’ai appris à me sentir bien dans mon corps. Pour la première fois de ma vie, j’étais sexy pour moi et pas pour quelqu’un d’autre. »

Mais elle a parcouru un long chemin avant d’en arriver là : « La plupart du slut-shaming dont j’ai fait l’objet venait de moi-même. Quand j’ai commencé, je doutais beaucoup. Est-ce que c’est cheap ? Qu’est-ce que mes amis, mon petit ami, mon employeur vont penser ? J’accordais beaucoup d’importance à ce que les autres pourraient penser. Mais dès lors que je me suis assumée, j’ai gagné le respect autour de moi. »

Dans ses workshops, elle dit aux femmes de se tenir droites, fières et d’entrer dans une pièce « les seins en premier ». Et ce, quelle que soit leur morphologie. « Je travaille avec des femmes petites, grandes, rondes, minces, gros seins, petits seins, ça n’a pas d’importance. Ce qui est important, c’est la confiance en soi et le fait que tu t’exprimes. Et c’est là que la magie opère : une femme très très sexy et puissante prend vie. »

Une ville : Berlin

Derrière le stand de Womanizer, qui commercialise des sex-toys « effet cunni », Ophélie*, chucker au cou, suce nonchalamment une glace en forme de pénis. Pour elle, la liberté sexuelle que l’on a à Berlin est difficile à trouver ailleurs :

« Berlin est une ville avec une histoire particulière. Suite à la chute du mur, c’était la folie, il y a eu toute une culture alternative qui s’est développée. Il y a notamment une grande scène fétichiste, liée à la scène techno. Les gens font l’amour sur la piste, ici c’est normal. Une chose qui serait impensable en France. Personne ne va te juger ou te regarder. C’est une culture de la fête, de la liberté. Il y a également un milieu gay important, qui est plus ouvert et tolérant. Au final ces trois scènes : fétichiste, techno et gay, contribuent à ce sentiment de liberté que l’on a à Berlin. »

Elle précise que bien sûr, tout le monde n’est pas déluré, mais il y a cette possibilité d’explorer sans être jugé. « Après avoir vécu ici c’est difficile de se voir vivre ailleurs, parce qu’une fois que t’as goûté à la liberté, tu ne peux pas revenir en arrière. Surtout quand t’as des pratiques plus délurées, c’est difficile de vivre en France et d’y être toi-même. À Berlin, c’est la normalité. Tout le monde est un peu fétichiste et j’ai plein de potes hétéro qui sont devenus bi après avoir vécu à Berlin. Ils ont simplement essayé le sexe avec des hommes. En France c’est un grand tabou, alors qu’ici c’est courant. »

On note d’ailleurs l’immense respect qui règne dans les sex-clubs de Berlin. À mille lieues de ce que l’on peut vivre dans une boîte de nuit « classique » en France.

Ophélie* s’insurge : « Tu vas dans n’importe quel club en France, tu te prends tout le temps des mains aux fesses. Les mecs qui veulent danser avec toi ils n’arrivent pas en face, ils arrivent par derrière et ils te touchent. Ils insistent, ils insistent, ils insistent. Ils attendent que tu sois bourrée pour essayer quelque chose et ça à Berlin c’est un no-go. C’est la culture techno qui est comme ça. Nous, on vient en club pour écouter de la musique, pas pour harceler les filles. »

En somme : plus de liberté pour plus de respect.

*Le prénom a été modifié