Ode à Rory Gilmore

#TeamJess

C’était en novembre dernier, j’étais en France, je regardais la télé (oui d’ailleurs vous avez remarqué, amis expatriés, que la télé c’est un truc qui disparaît complètement de ta vie à l’étranger mais boum retour en France tu comprends pas pourquoi tu te retrouves devant la télé pourtant il y a autant de téléviseurs en Allemagne qu’en France j’en suis sûre, mais j’ai l’impression qu’il y a que mes parents et mes potes Français qui passent du temps devant un tel écran), et Jimmy Fallon a accueilli sur son plateau une meuf ultra botoxée assez effrayante (elle exprimait plein de trucs avec sa voix mais rien ne se reflétait sur son visage) qu’il a présentée comme Lorelai Gilmore. Gilmore, Gilmore, ça me dit quelque chose… Gilmore Girls… MAIS OUI. Soudain tout m’est revenu. Ces fins d’après-midi le samedi où j’allumais la télé depuis mon lit (ouais j’avais une mini télé dans ma chambre, que j’allumais surtout le samedi soir sur les coups de minuit pour regarder le programme de TMC) et tombait sur cette série particulièrement charmante, une fille un peu plus âgée que moi à l’époque (je devais avoir 13 ans, Rory en avait 16) et sa mère super jeune (32 ans donc puisqu’elle a eu Rory à 16). On était bien loin de mes premières amours (Hartley Coeur à Vif) et de mes amours secrètes (le film érotique hebdomadaire de TMC donc), Rory, aucune image crue, un baiser chaste tous les 27 épisodes, mais quelque chose de… Magique. Sain peut-être. Simple. Quelque chose dont nous collégiens Français du sud est de l’hexagone manquons cruellement.

 

Fin novembre j’ai donc entamé mon mois gratuit Netflix pour regarder les 4 épisodes de cette « nouvelle année ». Passé le choc de la tronche de Lorelai (peuchère vraiment, mais bon j’ai regardé sa filmorgraphie post-Gilmore Girls sur wikipedia, ça peut éventuellement se comprendre) je me suis dit « woh woh woh je comprends rien ça va trop vite ». Donc j’ai repris de zéro. Saison 1 épisode 1. La rencontre avec Dean (ouais au fond on se rappelait toutes de Dean, vaguement de Jess, mais je crois que jamais j’étais allée jusqu’à Logan dans cette histoire), les dîners du vendredi soir etc etc. Surtout j’attendais cette scène qui avait fait battre mon coeur à toute vitesse à l’époque (c’était il y a… bon on ne comptera pas mais vraiment longtemps), le baiser avec Tristan sur le tabouret du piano. Dans ma tête je pensais voir quelque chose de bien plus passionnel, comme quoi notre imagination s’emballe vite à 13 ans, il nous en faut peu (même si je crois que c’est bien moins le cas aujourd’hui, quand je pense à ma nièce qui m’expliquait que « si en quatrième t’as pas déjà sucé dans les toilettes… »)

Et puis j’ai retrouvé ce sentiment. Cette magie. Même si comme je vous le dis, j’ai quand même été un peu déçue de l’absence notoire de scènes de cul. J’ai même frappé du poing pendant la saison 7, lisant à l’avance les résumés des épisodes pour savoir QUAND MON DIEU QUAND ils allaient nous les remettre ensemble Luke et Lorelai, pour que tout ça se termine ***attention spoiler de malade***, par un vieux bisou dans la rue. Toujours pas de sexe torride, même pas de baiser avec la langue. La Jule d’aujourd’hui a eu quelques regrets, mais au fond on ne regarde pas Gilmore Girls pour les couples masculins, on regarde Gilmore Girls pour les coupes féminins, mère/fille, grand-mère/petite-fille, meilleures amies ados, meilleures amies adultes etc.

Rory et mamie

Rory et maman

Et puis on regarde Gilmore Girls pour Rory. Parce que cette fille fait du bien. Enerve un peu oui, Mademoiselle Parfaite, mais au fond elle nous fait du bien car elle nous remet sur terre. Et ça, pré-ado comme post-ado, on en a bien besoin.

Au fond, une personne qu’on aime et qui nous aime, pourquoi vouloir plus?

1. Rory n’est pas physiquement parfaite

Un pantalon qui depuis a été déchiré, brûlé, enterré, englouti par le volcan de la mode

Rory a un gros cul, enfin plutôt des hanches, oui bah disons le d’emblée hein on va pas tourner autour du pot. Rory n’est pas anorexique pour deux sous. Rory est une fille normale. Physiquement parlant of course. Qui a du charme. Des yeux bleus magnifiques mais pas de boucles dans des cheveux ultra brillants (sauf sur les dernières saisons mais concentrons-nous sur les saison 1 à 4 voulez-vous), pas de maquillage au réveil, pas de jambes de mannequins, non, Rory finalement, ce qu’elle nous dit c’est : sois toi-même, sois une femme, sois charmante plutôt que canon, tous les mecs tomberont de toutes façons.

Haaaan c’était bien quand on utilisait pas photoshop hein??!!

2. Rory Gilmore est intelligente et c’est ça qui plaît

Moi qui souffrais horriblement (non non, aucune ironie dans ce choix d’adverbe malheureusement) de mon statut d’allemand-LV1-un-an-d’avance-vêtements-la-redoute, voir Rory évoluer de la sorte en société, c’était une vraie bénédiction. Rory n’est pas une bad girl (je laisserai ma collaboratrice Juju réfléchir sur l’intérêt d’un potentiel article Rory/Riri le clash), Rory est une good kid. Elle a des bonnes notes, elle travaille dur, elle veut écrire (moi aussiiiiiiiii), et elle s’en fout de ce que pense les autres parce que tout le monde le lui fait bien comprendre: un jour c’est elle qui règnera sur le monde. J’ai eu la chance qu’on me fasse comprendre à peu près la même chose à son âge, et même si j’ai significativement baissé ma moyenne à la fin du collège, remarquant que ça allait de pair avec davantage de copines filles, et dans leur sillage de mecs potentiellement intéressés (le port du string sous le pantalon moulant blanc aussi bien sûr putain maman mais pourquoi, pourquoi m’as tu laissé faire ça).

3. Rory n’est pas funny funky

Rory ne fume pas. Rory ne boit pas. Genre quand elle a enfin l’âge de se jeter sur le martini olive chez ses grands-parents, comme nous l’avons tous fait à 18 ans à Noël, allez papi fais péter le rouge. Nous avons tous ce souvenir, amis qui avaient fait une école de commerce, d’ingénieur, de médecine : ce regard de votre mère ce premier Noël où vous étiez de retour en famille, et que vous avez descendu les bouteilles sous ses yeux ahuris. Rory, elle, a continué à demander un « soda ». Elle n’est jamais saoule, allez en fin de cursus à Yale à force de fréquenter ces petits cons de fils à papa (#TeamJess désolée), elle a fini par boire un peu mais jamais on ne lui a tenu les cheveux, jamais elle n’a vomi dans les toilettes pendant que son mec prenait une douche à côté (non non ça sent pas le vécu du tout), jamais elle n’a envoyé de sextos bourrée. Rory est ce qu’on appelle une fille facilement « pompette », et personne ne s’est jamais moqué d’elle. Surtout : Rory ne nous fait pas croire qu’il faut boire pour être cool.

4. Rory sait ce qu’elle veut

Rory a beau être une good kid, elle sait ce qu’elle veut. Quand elle fait la connerie de suspendre son année à Yale, bah elle le fait, et elle tient tête à maman, à mamie c’est plus dur mais faut voir la vieille, on la comprend. Quand le mec le plus beau de la terre (je reste #TeamJess mais quand même Logan… Oh Loooogan…) lui demande de l’épouser, lui promettant ainsi une vie facile dans les plus beaux chalets et résidences secondaires du monde, elle dit non. Elle veut voir où le vent la portera. Quand elle décide que oui, son corps est en chaleur, qu’elle n’en peut plus d’attendre, elle n’hésite pas à se taper son ex qu’elle a quitté froidement, bien pris pour un con et qui entre temps s’est marié. Quand elle en a marre du « casual » avec Logan, elle le dit. Bref, Rory sait ce qu’elle veut et n’a pas peur de l’affirmer.

Comment elle te le mène à la baguette en vrai le Jess

5. Rory ne court pas après le drame

Tandis que sa mère enchaîne les opérations suicide du coeur, se met constamment ses parents à dos, fait des choix tous plus irréalistes les uns que les autres (le prof préféré de sa fille, le business partner de son père, son ex…), Rory elle, ne court pas après le drame.

Elle est claire dans ses choix. Elle n’aurait jamais pu faire partie de la bande de Blair et Selena par exemple. Elle est trop honnête, trop directe, elle ne réfléchit pas mille fois aux éventuelles conséquences d’une chose avant de passer à l’action (oui mais si je fais ça et que je lui dis pas et qu’elle le découvre alors je dirais que c’est lui qui m’a dit que et qui m’a poussé à et qui OMG TIRE TOI UNE BALLE), elle ne cherche pas à être aimée finalement, et c’est exactement pour ça qu’on l’aime. Ni par les mecs, ni par les filles, peut-être par ses profs allez oui, mais jamais de façon sexuelle anyway. La preuve, le seul épisode où elle craque sur un prof, elle en parle immédiatement à son boyfriend en se flagellant. Grosse déception encore une fois car moi à la vue du résumé « Rory craque sur le jeune et charmant remplaçant de son grand-père » je pensais qu’on allait avoir droit à une scène de sexe sauvage dans le bureau dudit professeur et qu’elle quitterait enfin le condescendant Logan, mais non, rien de rien, le mec n’est même pas réapparu au casting.

 

Voilà, j’écris ces lignes à la veille du dernier épisode de la nouvelle année (où Rory est toujours aussi belle et a toujours autant de hanches et ça, ça n’a pas de prix). Besoin urgent de poser en mots mes sentiments confus (désir sexuel, projection de personnalité, envie mal placée, remerciements du fond du coeur) vis-à-vis de cette fille merveilleuse qui a projeté un peu de son aura sur mon adolescence complexée et enchanté ces deux derniers mois rivés à Netflix (quelqu’un serait gentil de mener une enquête sur le nombre d’abonnements à netflix suite à l’apparition des 4 épisodes de GG). Merci Rory, de m’avoir à nouveau donné le goût de lire (beaucoup), et de m’avoir donné envie de cultiver mon charme plutôt que mon corps. De m’avoir donné envie de mettre en valeur la couleur de mes yeux plutôt que la forme de mon cul. De m’avoir donné envie de remettre des pulls ignobles, qui se retrouvent ultra cutes quand on a le sourire comme accessoire mode.

Merci Rory, merci. Love.