Lettre à ma classe de cinquième trois

Flickr - CC- Krysztof Pacholak

Il doit y avoir un truc avec les 53, un truc louche, malsain, glauque et qui pue les vestiaires de sport. Ou alors c’est qu’il y a un truc avec la 5e tout court. Ou avec le collège en fait. Bruna, sache que tu n’es pas seule, on est des milliers à l’avoir vécu cette putain d’année en 53. 

Chère classe de cinquième,

La 5e 3 du collège Jean Rostand de Draguignan, pour être précise. Misérablement Affectueusement surnommée « la pire classe de ma carrière » par des professeurs au bord du suicide touchés par l’enthousiasme des élèves. On raconte que quand un prof dit de sa classe qu’elle est la pire qu’il ait connue, c’est une image, un leurre, histoire de calmer les ambitions diaboliques des pré-pubères en mal de reconnaissance. Et tu sais quoi ? Cette fois, c’était vrai. Tout était vrai. Tu es même devenue la pire classe de ma scolarité. Je te félicite.
Pourtant, tu partais désavantagée. La sixième était déjà bien classée dans le Top des « Pires moments de toute ma vie entière » et en plus, j’étais en cours avec mon meilleur ami. Une jolie rentrée scolaire donc. Comme tu le sais, dans toutes les belles histoires, il y a toujours un mais. Ce mais-là s’appelait Colline.

Dans toutes les belles histoires, il y a toujours un mais.

Ma chère classe de cinquième, je ne sais pas si tu te souviens, ce passage dans Mulan où elle arrive au campement militaire. Non seulement elle est entourée de créatures dont elle ne comprend pas les codes sociaux (les hommes), mais en plus elle doit se faire passer pour l’un d’entre eux, un vrai un dur. Tu vois ce sentiment que quelque chose t’échappe mais que tu dois vite, très vite y remédier pour ne pas te faire remarquer ? C’est un peu ce que j’ai ressenti en pénétrant pour la première fois dans les vestiaires des filles, avant mon premier cours de sport dans cette nouvelle classe. Entourée de créatures dont je ne comprenais pas les codes sociaux (les filles). Et en plus je devais me faire passer pour l’une d’elles, une vraie une épilée maquillée avec un vrai soutien-gorge et qui sent bon la vanille. Je ne sais pas si c’est mon air de fillette de douze ans, mon tricot de peau en coton Petit Bateau ou mes boutons flambant neufs qui prenaient l’air, ou un peu tout ça réuni, qui m’ont désignée comme la cible privilégiée de Colline. Mais je faisais tâche au milieu de ces ados en sous-vêtements oranges et fond de teint dentelle (ou l’inverse), et ça, elle n’a pas manqué de me le faire savoir.

Le destin de Lisa sera pour toujours un souvenir amer

Je te passerai les détails de neuf mois de harcèlement dont seuls les latinistes avec une moyenne générale supérieure à 15 sur 20 lâchés dans une classe de démons titillés par leurs hormones connaissent la saveur. Je te dirai juste que la série Le destin de Lisa sera pour toujours un souvenir amer car, sous l’impulsion de la douce Colline et ses douze kilos de seins, tout le collège a fini par m’appeler comme son héroïne dont, je te le rappelle, l’intérêt principal est qu’elle est moche (un synopsis qui m’a d’ailleurs toujours fait douter de la valeur réelle de cette série, mais passons).
Je voulais juste te dire, chère 5e 3, que pour le calvaire que tu as fait endurer au prof de français envoyé en dépression par ta faute, pour les insomnies que tu as provoquées à la prof de maths enceinte qui entendait crier tes insultes de « baleine équilatérale » à ses oreilles la nuit, et pour mes petites mésaventures quotidiennes du type me coincer entre deux portes pour me couper les cheveux avec des ciseaux à bouts ronds, je ne t’en veux pas.

Par contre, Colline, si je te retrouve, je te pends avec ton string.

Acnéiquement tienne,

B.