You’re so wet

©Justine Bonie - instagram.com/justine_bonie/

You’re so wet. X. m’a dit ça hier soir (nous l’appellerons X., l’Allemand qui a élu domicile dans mon lit quelques nuits par semaine, et dont je vous parle depuis 3 vendredis). « You’re so wet ». Croyez-le ou non, c’est l’une des plus belles choses qu’on m’ait dites depuis… Depuis ma première fois, j’avais 14 ans. « You’re so wet ». Vous trouvez ça triste? Vous vous dites que c’est parce que sexuellement, je n’ai pas dû connaître l’extase ces 15 dernières années? Faux. J’ai connu l’extase. J’ai souvent connu l’extase, avec A. par exemple (coucou A.) mais jamais je n’ai été naturellement « wet ». J’ai toujours eu un peu mal. Comme une égratignure à l’entrée de mon vagin, une petite douleur, que j’ai appris à dissimuler. Que j’ai acceptée. À laquelle je me suis résignée. Avec tristesse. Oui parce que pour être honnête, à chaque fois, avant chaque rapport sexuel, pendant 15 ans, j’ai espéré (on parle de plusieurs centaines de rapports, ça fait beaucoup de espoir/déception). Je me suis dit : je suis tellement excitée, cette fois ça ne va pas faire mal. Avant chaque nouveau partenaire je me suis questionné : est-ce qu’il ne faudrait pas aller chercher le flacon de lubrifiant? Mais comment lui dire sans casser l’ambiance? Comment lui dire que je ne mouille pas assez, que je suis ce genre de nanas, qui ne mouille pas assez, il va penser quoi? Que je suis frigide? Que je suis moche? Que je ne sers à rien? Bon, laisse tomber, au pire ça fera un peu plus mal que d’habitude mais ensuite ça passera. Oui, en général ça passe, parce que c’est tellement bon… Parce que j’en ai vraiment envie. Et puis quand le mec se retire la douleur revient un peu, de l’eau froide et puis on n’en parle plus. Sauf s’il propose qu’on recommence. Et là… La machine à doutes se remet en marche.

« You’re so wet ». C’est la plus belle chose qu’on m’ait dite. Parce que c’est vrai. Avec X., je n’ai pas mal. Pas du tout. Avec X. on a pu le faire sans préliminaires, on a pu le faire ce matin au lever du soleil, dans ce demi-sommeil si agréable, avant que le réveil ne sonne, quand on croit qu’il a déjà sonné ou qu’il ne sonnera jamais, et pendant que dans ma tête se déroulait le monologue que j’aurais voulu dire « euh tu sais moi le matin c’est pas trop possible, mon corps n’est pas réveillé tout ça », et que bien sûr, je taisais, ne sachant comment concilier la nécessité de m’écouter et la peur de le décevoir, le laissant me déshabiller, j’ai fait glisser mes doigts jusqu’à ma vulve pour vérifier et… Mon corps était réveillé. Mon corps en avait terriblement envie. J’étais « wet ». Alors pourquoi? Qu’est-ce qui a changé? X. est-il le nouveau Dieu du sexe? Son pénis est-il naturellement lubrifié? Ou alors est-ce le temps passé en thérapie? La coupe menstruelle depuis deux ans? La meilleure connaissance de mon corps? Bullshit.

Depuis janvier, je ne prends plus la pilule. Mes poils n’ont pas poussé plus vite, je ne transpire pas plus, je n’ai pas mal aux seins et contrairement à beaucoup de mes copines (beaucoup trop), je ne souffre pas d’endométriose. Le changement s’est produit à l’intérieur de mon vagin. Maintenant je suis wet. J’ai redécouvert les pertes blanches que j’avais au collège, sauf qu’aujourd’hui elles ne me gênent plus. Je les aime. Elles sont la preuve que mon vagin est un vagin de femme, sexuellement active, sexuellement épanouie. J’ai acheté des protège-slips lavables trop choupis que j’ai plaisir à choisir le matin. Depuis janvier, je ne prends plus la pilule. Je peux enfiler et retirer ma cup (toutes les 6 heures les filles, on ne dort pas avec svp) sans grimacer, et surtout, je peux faire l’amour, enfin, sans stresser. Les jours d’ovulation, si X. n’est pas dans le coin je regarde 5 pornos dans la journée (ou je me plonge dans la rubrique Nuits Blanches) car ma libido est au taquet. Et puis je sextote. Depuis janvier je ne prends plus la pilule, je suis wet, et X. est mon nouveau Dieu du sexe.

Illustration : ©Justine Bonie