Une émotion, ça passe

Flickr - CC - Kabytes

Lundi dernier, deux personnes (ma copine M. et mon acuponcteur, rien à voir et pourtant) m’ont donné le même conseil : quand une émotion survient, pas besoin de paniquer. Pourquoi ? Parce qu’elle finira toujours par s’en aller. Une émotion, ça va ça vient ça s’en va ça revient mais jamais ça ne reste.

Tu te sens triste ? Allez, soyons triste !

Pleurons, sanglotons, inondons le sol de la salle de bain, et puis viendra un moment où l’on va essuyer nos larmes et nos yeux de panda, et peut-être même qu’en se voyant dans la glace on va sourire. La tristesse sera partie et l’on pourra accueillir une nouvelle émotion. La colère par exemple, si tout ça a eu lieu dans la queue de la poste où tu as explosé quand la personne au guichet t’a dit qu’elle n’avait aucune idée d’où pouvait bien être ton colis DHL et que vous êtes sûre que vous n’avez pas eu une note dans votre boîte aux lettres ? Normalement ils laissent toujours une note.

Bref, M. m’a conseillé de regarder à nouveau Inside Out dont sont extraits les GIFs ci-dessus, et mon acuponcteur m’a recommandé d’écouter des symphonies de Schubert, au hasard : la jeune fille et la mort (LOL).

Du coup j’étais carrément au taquet pour affronter la semaine, prête à vivre mes émotions au lieu de les enfouir le plus loin possible de mon petit coeur et…Eh ben j’ai pas été déçue. C’était comme si M., l’acuponcteur, et l’univers avaient décidé de me tester.

Premier exercice : la nausée

J’ai eu la bonne idée d’aller au Musée de la photographie de Berlin. Ma dernière visite remontait à quatre ans auparavant et j’avais un bon souvenir des couvertures de Vogue en très grand format qui s’y trouvaient. Sauf qu’en pleine période de #balancetonporc, #metoo et de questionnements philosophiques quant à la légitimité d’une retrospective Polanski (ET Jean-Claude Brisseau, on ne les arrête plus) à la Cinémathèque Française (oui mais quand même, l’artiste vous comprenez), aller redécouvrir l’oeuvre de Newton n’était peut-être pas une bonne idée.

Arrêtez-moi si je dis une bêtise, mais dans mon souvenir je ne crois pas que Newton était un militant féministe notoire, et que ces clichés soient en fait une dénonciation de l’objetisation de la femme :

Oui mais au fond, reconnais que la qualité artistique de son oeuvre et même de ces clichés…

Deuxième exercice : le combo tristesse-colère-nausée

Ayant réussi le premier exercice haut la main (je me suis assise pour respirer puis je suis sortie du musée et j’ai attrapé un thé vert sur le chemin), on m’a gratifiée d’un exercice beaucoup plus complexe hier matin.

Il y a sept mois, le 3 avril 2017 exactement, je publiais un article sur ces mêmes pages qui s’intitulait « Quand on se pose la question, c’est non« . Parce que quelques jours auparavant, je me faisais abuser, dans mon studio de yoga, par un masseur qui y était invité. Après cet article, j’ai passé plusieurs mois à fuir voyager par monts et par vaux, jusqu’à tomber de cheval et être clouée au lit tout septembre durant, ayant alors tout le loisir de regarder les choses en face, traiter le problème et ENFIN, en octobre, de reprendre la routine calme et paisible que j’avais laissée sur le côté du chemin en mars dernier.

Jusqu’à aujourd’hui. Jusqu’à la newsletter de mon studio de yoga, annonçant le retour du masseur la semaine prochaine. Ce même studio de yoga qui m’avait promis il y a plusieurs mois que jamais plus jamais cette personne ne remettrait les pieds ici puisque, même si j’avais été la seule à signaler un comportement et des gestes inappropriés (la seule à les avoir subis ou la seule à les avoir notifiés?), on me croyait, la question ne se pose même pas enfin Jule.

Voilà donc l’intitulé de l’exercice : accueillir ce merveilleux cocktail de colère, de tristesse et de dégoût à la lecture de cet e-mail (ça ne vous est pas venu à l’esprit de me sortir de la mailing list par hasard?), sentir, dans chacun des pores de ma peau, le malaise que j’ai ressenti pendant une heure durant ce soir là, et puis mon cerveau qui se met en route:

S’il revient, s’ils le font revenir, c’est qu’ils estiment qu’il n’avait rien fait de mal. C’est donc que j’avais rêvé? C’est ma faute? Peut-être qu’ils se disent que j’avais inventé cette histoire pour ne pas payer mon massage?

Et puis ces voix, toutes ces voix (masculines) :
Tu es sûre que ce n’était pas juste que ce genre de massage n’était pas fait pour toi ?
Comment ça, tu n’as pas porté plainte ? Ben si tu ne portes pas plainte tu sais qu’il va peut-être faire ça à d’autres filles ensuite !
Pourquoi tu n’as rien dit pendant le massage ? Et pourquoi tu refuses d’aller lui dire en face ce que tu penses maintenant ?

Alors voilà. Pour l’instant j’ai les larmes au bord des yeux, le coeur qui bat à mille à l’heure et le ventre noué. Comme si entre les trois je ne savais pas quelle émotion j’allais laisser parler en premier. Et puis surtout j’ai très envie d’aller les enfouir là-bas très très loin de moi, de la même manière que j’ai immédiatement mis cet email à la corbeille pour l’oublier. Mais non. Je vais aller me pencher au-dessus des toilettes pour vomir, ensuite j’appellerai M. pour crier ma colère et puis je m’effondrerai dans mon fauteuil et j’écouterai Schubert. Un panda qui écoute Schubert, ça va le faire. Ça va le faire. Une émotion, ça ne reste pas. Ça passe, ça finit toujours par passer.