Télérama – « Manuela Carmena »

© Léa Crespi pour Télérama

Élue à la tête de la capitale espagnole en juin 2015, l’ancienne juge détonne. Elle mise sur les politiques collaboratives, la recherche du compromis… et compte les jours qui la séparent de sa (seconde) retraite.

Avocate, juge, doyenne des tribunaux de Madrid puis membre de l’équivalent de notre Conseil supérieur de la magistrature et désormais retraitée, Manuela Carmena a entamé une carrière politique à l’âge de 71 ans, lorsqu’elle est élue maire de la capitale grâce à une coalition de gauche, Ahora Madrid (Madrid, maintenant). De passage à Paris pour accompagner la sortie, en France, de son livre Parce que les choses peuvent être différentes (publié en Espagne en avril 2014), c’est à la rédaction de Télérama qu’on la rencontre : souriante et enthousiaste, elle a le tutoiement systématique et s’avère d’une simplicité déconcertante. On peut donc s’adresser à une maire comme on discuterait avec une voisine de palier. C’est d’ailleurs ce que réclame Manuela Carmena, qui réfute l’expression de « femme politique professionnelle » pour lui préférer celle de « femme politique occasionnelle ».

Première femme élue à la mairie de Madrid, elle prend les transports en commun pour aller travailler, rencontre tous les Madrilènes qui en font la demande, refuse de commenter les polémiques politiciennes, et jure qu’elle ne se représentera pas au terme de son premier mandat (qui s’achève en juin 2019). Ses propos sont guidés par un pragmatisme et une volonté de toujours faire primer le dialogue sur l’affrontement. Avec elle, tout semble possible : négocier avec les banques, diminuer de un milliard la dette de sa ville… C’est une maire unique, une citoyenne comme les autres.

Vous n’avez jamais voulu faire de politique, et d’ailleurs vous n’avez ni ambition ni étiquette, dites-vous souvent. L’étiquette, c’est un carcan ?

Notre conception du parti politique est négative : elle nous colle une étiquette et nous enferme dans un cadre qui limite à la fois notre liberté, notre indépendance et notre créativité. Nous devons repenser cet instrument et nous demander si les partis sont le meilleur système pour la démocratie représentative. Ils génèrent une sorte de virus dans la façon que nous avons de faire de la politique. Récemment, j’ai relu la Note sur la suppression générale des partis politiques, écrite par Simone Weil et parue en 1950, sept ans après sa mort. Il est brillant de voir qu’une philosophe française délivrait déjà, à cette époque, un message encore tellement d’actualité.

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