Syfy Wire – « Star Wars has a white male fandom problem »

Il y avait quand même du bon à ne pas avoir Internet : par exemple, avant le web, vous n’étiez potentiellement pas confronté.e à l’imbécillité de certains fandoms. Certes, comme le rappelle Kayleigh Donaldson dans son très bon article : le monde des fans n’est pas le plus vertueux des univers. Néanmoins, fan n’est a priori pas antinomique de « sens de la mesure » et de »santé mentale » – aimer une oeuvre n’enjoint pas nécessairement au lancement de croisades de trolling contre ceux et celles qui « la dénatureraient ». S’il y a bien un fandom qui s’est démarqué ces dernières années par ses démonstrations de haine décérébrée, c’est celui de Star Wars.

Mettons tout d’abord les choses au clair : ayant plus de 25 ans, nous faisons partie de la génération considérant que les petits nouveaux de la série sont loin d’être des réussites. Non pas parce qu’ils « abâtardiraient » la franchise (qui êtes vous, en tant que fan, pour prétendre détenir la vérité sur ce qu’une oeuvre est). Ce sont juste, à notre sens, de très, très, très mauvais films ; une vache à lait déjà anémique que tonton Disney compte bien pomper jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien. Mais plutôt que d’aller insulter les acteurs – actrices, en réalité – sur Twitter, nous avons tout simplement décidé de ne plus aller les voir au cinéma. Evidemment, ce parti-pris n’est pas celui d’un fandom dont les traits démographiques sont en eux-mêmes en train de devenir problématiques : comme l’explicite l’article, ce n’est pas tant que cette faction excitée n’aime pas les nouveaux Star Wars : elle en déteste principalement la diversification. On se rappellera la levée de bouclier à l’arrivée de John Boyega dans The Force Awakens (il faut savoir que dans Star Wars, les extraterrestres sont mieux acceptés que les noirs), ou encore les remarques hallucinantes de débilité misogyne sur la féminisation du casting, conduisant Kelly Marie Tran à récemment fermer son compte Instagram (à ceux qui nous rétorqueraient que « ça commence à bien faire de tout ramener au genre et à la couleur de peau » : ni Adam Driver ni Mark Hamill n’ont subit ne serait-ce que le 100ème du traitement réservé à Tran. Cherchez l’erreur).

Pauvre franchise. Pour moi, Star Wars était synonyme de soirées-marathons avec mon père dont j’observais furtivement les yeux briller comme ceux d’un enfant, fier de partager sa passion avec sa fille. Que dirait-il, mon papa immigré, s’il savait que ses œuvres cinématographiques préférées sont en train de se noyer sous les aboiements racistes et sexistes d’une fange peut-être peu nombreuse, mais bien trop bruyante du fan-club ? Perso, ce ne sont donc pas les nouveaux – certes très, très, très mauvais – films qui « ruinent mon enfance »; mais plutôt ces gens-là. À lire ici.

Kayleigh Donaldson, 06/06/2018