Slate – « Et les titres des épisodes alors? »

Laissez-moi vous poser une question: est-ce que vous connaissez le nom du dernier épisode de série que vous avez regardé? Bon. Moi non plus. Vous allez me dire que c’est la faute du téléchargement, qui élague jusqu’aux génériques, et vous n’auriez pas complètement tort. Pas complètement, parce qu’à bien y regarder, la plupart des séries ne s’embarrassent même pas d’afficher pareil «détail». Les noms des dix producteurs exécutifs, du maquilleur ou de la cheffe électricienne, bien évidemment, mais celui de l’épisode? Introuvable. Sauf à consulter Wikipédia, acheter les DVD ou regarder la série sur Netflix, qui l’a réhabilité mieux que personne (mais seulement dans la langue paramétrée pour le compte).

Stranger Things (Netflix), Master of None (Netflix) et Sherlock (BBC One)

En ces temps où il n’y a guère plus que Sherlock, Master of None ou Stranger Things –liste non exhaustive, vous pensez bien– qui se paient le luxe de teaser uniquement des noms d’épisodes pour une saison 2 pas encore tournée, il reste des créateurs de série qui font l’effort de gratifier le spectateur de cet avant-goût de la demi-heure ou de l’heure qui va suivre. Je regrette l’époque où, sitôt acheté, je me jetais sur Télé 7 jours pour lire les résumés des prochains épisodes de X-Files ou Buffy –parmi les seuls que je sois capable de citer nommément, bien que n’ayant jamais vu leur nom à l’écran.

Mais si les showrunners font depuis longtemps l’économie (ou le deuil) de ce carton-titre, ils n’ont pas pour autant déposé les armes et certains rivalisent d’ingéniosité pour le bonheur des fans hardcore (et des critiques télé). À commencer par Vince Gilligan, le créateur de Breaking Bad, plutôt coutumier du fait. En 2009, il révèle au critique Alan Sepinwall que le nom de certains épisodes de la saison 2 annonçait le crash d’avion final:«Seven Thirty-Seven Down Over ABQ». C’est-à-dire «Un 737 s’écrase sur Albuquerque», la ville où vit le héros Walter White. Sept ans plus tard, en avril dernier, les fans se rendent compte que le facétieux showrunner a encore planqué un message caché dans la saison 2 (décidément) de Better Caul Saul, le spinoff de Breaking Bad. En mélangeant les premières lettres de chacun des noms d’épisodes, on obtient «FRING’S BACK». Soit «Fring est de retour», Gustavo Fring étant le proprio-dealer du fast food Los Pollos Hermanos et ennemi de Walter White dans Breaking Bad. «C’était presque humiliant, la vitesse à laquelle les gens s’en sont rendu compte . Mais ça nous conforte dans ce qu’on savait déjà, c’est-à-dire qu’il ne faut jamais sous-estimer le public, surtout le nôtre (…). Ils sont hyper intelligents, plus qu’on n’aurait jamais pu imaginer», confie-t-il à Yahoo!. Une manière comme une autre de consolider la communauté de fans, en la rendant spectatrice mais aussi actrice de sa série favorite.

Ceux qui…

Tout le monde n’a pas l’imagination (ni le talent) de Gilligan, mais saluons d’emblée le petit effort fourni par The L Word, dont les épisodes commencent invariablement par un L, ou The Good Wife, où ils comptent autant de mots que la saison à laquelle ils appartiennent –mais seulement jusqu’à la quatrième, bizarrement. Maintenant que les médailles en chocolat ont été distribuées, rentrons dans le vif du sujet avec nos amis les fatalistes-créatifs, ceux qui n’ont pas lâché l’affaire malgré l’adversité. En 1994, les parents de Friends, David Crane et Marta Kauffman, conscients que les téléspectateurs ne verraient jamais le nom des épisodes, ont pensé à la façon dont ceux-ci en parleraient le lendemain autour de la machine à café. Voilà pourquoi chaque épisode commence par «The One» (Celui): «The One With The Jellyfish» («Celui avec la méduse») ou «The One Where Chandler Can’t Remember Which Sister» («Celui où Chandler ne se rappelle pas quelle sœur»). Le problème, c’est que le traducteur français n’a pas eu le mémo –ou comment un pronom relatif (qui) peut TOUT changer: «Celui qui soignait les piqûres de méduses» ou «Celui qui ne s’y retrouvait plus»… Dans le genre titres standardisés, on retrouve aussi Monk façon Martine («Mr. Monk Takes a Vacation», «Mr. Monk Goes to the Asylum») ou encore la sitcom 2 Broke Girls («And the Drug Money», «And Too Little Sleep»).

Lire la suite sur Slate