Regards Croisés #2 Quotidien

Xiao Mi & Jule - Place de la Contrescarpe

Treize heures : J’arrive au Starbucks. Le seul endroit qu’on a réussi à trouver en deux heures de brainstorming à la thématique « où est-ce qu’on peut se retrouver pour travailler qui n’est pas chez maman à Cergy ou chez Morgane et son chat au Kremlin, où on pourrait rester plus d’une heure et avoir le wifi ? ». Y avait aussi je ne sais quel café où tu paies à l’heure au lieu de payer tes cafés, mais là quand même sérieux faut pas déconner. Je me vois bien raconter à mes potes à Berlin que quand je suis à Paris je paie pour rester plus d’une heure dans un café –non mais le café est illimité je vous jure c’est méga innovant et trop génial. Vent de solitude. #TuDéconnes?!

Treize heures deux : Il pleut. La bruine pourrie maritime qui s’abat tous les jours sur Paris depuis le premier septembre m’a-t-on dit. Je m’abrite sous le parasol en attendant Julie, et regarde défiler les parapluies. De beaux parapluies waaah. Bon en déclinaisons de noir et gris, certes, mais genre classe, dur, haut, beau. Qui crève bien les yeux de celui qui n’en a pas pour se défendre dans la guerre des armées de parapluies qui s’affrontent sur le trottoir. #Peur.

Treize heures quinze : je viens de payer mon sucre au café, pardon mon Moka au caramel –bah oui je veux le glaçage ET le sirop caramel meuf, et arrête de me regarder comme si j’étais une grosse vache indigne, et arrête de hurler à ton collègue que oui oui, la dame veut LES DEUX. #Sucreaucafé

Quatorze heures : le regard perdu à travers la vitre toujours aussi sale du Starbucks, je les vois qui courent. Un, deux, trois, oh tiens, des gens qui font du footing avenue d’Opéra, je dis bravo, je dis chapeau, je dis courage, et puis ils sont quatre, cinq, dix, mon regard se lève de quelques centimètres, Reebook Store. En mode « event » commercialo-marketing-happening de malade, on envoie les vendeurs/clients courir sur l’avenue de l’Opéra sous la flotte –bah la stagiaire elle avait pas dit qu’il devait faire beau jeudi à deux heures ?. #Affligeant

Quatorze heures trois : les coureurs sont de retour dans le magasin, en ligne, comme ils étaient partis il y a 180 secondes. Intérêt ?

Quatorze heures vingt-cinq, un « bustronomie » vient de faire son apparition. Un gros bus genre les cars rouges mais en mode étage restaurant avec gens en costume qui mangent à des tables nappes blanches/bouteilles de vin. Gros fou rire de hyène : au moment de la réservation, on leur conseille la chemise noire plutôt que la blanche ? Comment ça se passe le trou dans la chaussée ? Et le coup de frein ? Plats sans sauce ? #Idéedemerde

Quinze heures : une colonie d’enfants en blouse rose fait son apparition. Deux par deux en mode on sautille sur le trottoir trop méga heureux dans nos blouses roses Manif Pour Tous. Mais qu’est-ce que c’est ?

Quinze heures une : Pas le temps d’observer les sautillements de la chenille rose qui redémarre, on se dispute sur ma droite. Nos voisins ont tenté de se faxer sur la table d’à côté, plus grande avec banquette, mais des japonais vénères à sacs Vuitton avaient eux-aussi repéré la table à la sortie de l’escalier. Le parisien arrogant et dédaigneux n’alignant pas trois mots d’anglais gagne la bataille. La technique je me faxe, et je t’ignore n’a aucun égal. #Chapeau

Pendant ce temps-là à Berlin.
Treize heures : je commande un café.
Treize heures deux : je sirote mon café et je demande un verre d’eau.
Treize heures quinze : je commande une part de tarte. J’ai cinq euros sur moi, je suis large.
Quatorze heures : je prévois de faire une machine demain et le note dans mon agenda papier moleskine trop beau tout doux.
Quatorze heures trois.
Quatorze heures vingt-cinq.
Quinze heures : mon pote vient d’arriver, il prend un café, je l’invite, grande âme, 5 euros, je suis vraiment large.
Quinze heures : il pleut. Heureusement j’ai mon K-Way bleu.

Regards croisés.