Pourquoi être un couple ?

Flickr - CC - Samantha Grégoire

— Qu’est-ce que vous cherchez chez votre partenaire ? m’a demandé mon psy en levant la tête de ses notes.

— C’est une très bonne question. Je me la pose souvent en ce moment. Je n’en sais rien.

— Vous devez bien chercher quelque chose sinon vous ne seriez pas avec X. En plus ça a l’air de vous plaire cette relation, vous faites de gros progrès.

— N’est-ce pas…

Qu’est-ce que je recherche ? Qu’est-ce que X. représente pour moi ? Qu’est-ce que j’aimerais qu’il ait comme place dans ma vie ? Je m’entends déclarer à M. samedi dernier entre trois tartines de tapenade (retour de vacances oblige, valise remplie de produits de France) :

— Le prince charmant ça fait longtemps que j’y crois plus. J’en suis revenue. Mais là ce qui est nouveau c’est que je ne crois plus non plus au concept du mec qui est aussi ton meilleur ami et ton meilleur amant et ton papa de temps en temps.

Tapenade, verre de rosé, coppa corse, croissant.

Je repense à dimanche. Au corps de X. allongé contre moi sur un matelas suspendu au Badeschiff. La brise qui caresse nos corps encore mouillés de la piscine. Nos jambes entremêlées. Sa bouche dans mon cou qui glisse dangereusement vers mes seins. Mon chapeau pour nous cacher du monde. Il faut vraiment être amoureux pour croire que cacher son visage derrière un chapeau suffit à vous dissimuler et que personne ne vous voit vous tripoter sensuellement. Je repense à ses lèvres. À ses doigts dans mes cheveux. Oui, c’est ça que je veux.

Un partenaire ça sert à ça. Ce n’est pas tant le sexe : du sexe pour du sexe ça se trouve, il y a des apps pour ça. Ce n’est pas pour aller au resto : resto, ciné, concert, expo, j’y étais avant lui j’irai après lui et avec M. de préférence. Ce n’est pas non plus pour ce truc là, que vous me répétez à tout bout de champ : « être en couple c’est savoir qu’il y a quelqu’un pour toi qui est là, qui sera toujours là », parce que ce n’est pas vrai ! J’ai dix mille exemples de gens qui ont cru que leur partenaire était là pour toujours et qui du jour au lendemain ne l’était plus. Et quand t’as passé 2, 5, 7, 18 ans à croire que l’autre était là et qu’il ne l’est plus, tu mets combien de temps à ne plus ressentir le manque, le besoin ? Non, la seule chose que j’ai avec X. et que je n’ai ni avec mon plan cul, ni avec M., ni avec mes parents, ni avec aucun de mes amis, c’est cette proximité physique. Ces caresses. Poser sa main sur le visage d’un autre. Sentir sa peau contre la sienne.

Je suis un être hypersensible, ce n’est pas nouveau. Hypersensible, hypersensoriel. Addict aux frissons. X. est mon dealer finalement. Voilà, mon partenaire, c’est mon delaer. Le seul à me fournir ces frissons là, ces sourires là. Ces fucking highs là. Le seul qui embrasse les creux de mon corps les plus reculés. À compter mes grains de beauté, à lécher mes taches de naissances. À masser mes muscles engourdis par le froid. À planter ses doigts dans ma chair. À me sourire à moins d’un centimètre. Le seul à me faire ressentir ces highs là.