Ne pas lui écrire… Ou si ?

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Après les regards croisés, les éditos, les questions existentielles, je lancerais bien une nouvelle rubrique, ça s’appellerait F*** à toutes les bonnes raisons de… Non ? Juju, Bruna, vous seriez partantes ? Parce que moi je peux vous préparer une liste à thèmes hein : F*** à toutes les bonnes raisons de ne pas :

  • Manger le reste de tiramisu dans le frigo à 10h40 vu que j’ai pris un gros petit dej à 9h00 et que j’ai un déjeuner avec une copine à 12h30 (spoiler : j’ai craqué).
  • Allumer Netflix alors que j’ai encore trois trucs hyper urgents à terminer.
  • Annuler le week-end à thème « rencontre avec les parents de X. » (on a attendu un an, on peut attendre deux ans peut-être non ?)

Et puis il y a le GRAND classique, dans lequel je vais me lancer dès maintenant : F*** à toutes les bonnes raisons de ne pas lui écrire.

On a toutes et tous cette personne dans notre vie, homme ou femme, ancienne meilleure amie, ancien amant, ex-fiancé(e)/crush bref, on a toutes et tous cette personne qui joue désormais ce rôle : elle est LA personne à qui il ne faut pas écrire sous peine de – d’après notre cercle de potes – tsunami, tremblement de terre, explosion de centrale nucléaire. Prononcer cette phrase « j’ai terriblement envie de lui écrire, et si je (…) » c’est s’exposer à un placage au sol en règle, un coup de poing réflexe, c’est subir le regard terrifié de notre interlocuteur « mais… tu sais que ce n’est pas une bonne idée… Je peux te faire… » la liste des bonnes raisons de ne pas le faire, oui, je sais.

Pourquoi ces personnes ont-elles un tel pouvoir sur nous ? Cela diffère sûrement d’une situation à l’autre, mais je pense qu’on peut trouver un schéma commun dans de nombreuses relations : cette personne représente désormais LE truc que vous n’avez pas dans votre vie, et dont vous avez terriblement envie. Genre, vous aviez une passion cinéma avec cette copine en question, et depuis quelques temps vous ne prenez plus le temps d’un bon film, ça fait 15 années lumière que vous n’avez pas classé vos Wes Anderson préférés, personne dans votre entourage ne comprend vos références, mais elle… Bon, certes, elle vous a trahi/menti/maltraité(e) en 2016 pour la cinquième fois et vous avez dit « non, plus jamais  » mais peut-être que vous pourriez vous revoir juste de temps en temps pour un ciné, genre la première de tel film qui arrive bientôt… Vous voyez ?

De façon plus classique : votre ex, qui soudain reprend une place considérable dans votre esprit, pile au moment – quand on y réfléchit – où vous n’avez pas eu de (bon) sexe depuis un temps, de câlin, de proximité physique avec quelqu’un, ah ben tiens c’est l’hiver qui arrive…

Bon alors je vous arrête tout de suite, je ne compte pas vous faire la morale ni vous faire une liste de bonnes raisons, je suis COMME VOUS.

Appelons-le Roger. Roger, pendant des années, j’en n’avais mais alors, rien à faire. Un ex comme un autre, un ex qui m’écrivait de temps en temps, comme le font tous les ex masculins quand leur copine les a quittés/est enceinte/fait pression pour le mariage, bref, Roger j’y pensais de temps en temps avec un petit sourire, ah, on a passé des chouettes moments avec Roger, j’espère qu’il va bien (non faut pas exagérer, Roger avait très mal fini les choses entre nous et le savoir en vie me suffisait largement). Ça, c’était avant. Avant qu’on se revoit.

Aïe.

Depuis, Roger a réussi, 7 ans après notre rupture, à se faire une place dans ma vie. Du moins dans mes pensées. Maintenant, quand il m’envoie des liens youtube vers des chansons d’amour, certes je n’y réponds pas (#volontédefer #alcool #macolocmapiquémontéléphone) mais je les écoute en boucle. Genre, EN BOUCLE. Genre la chanteuse elle a gagné +300€ sur Spotify en un mois grâce à bibi. D’ailleurs Spotify ne sait plus quoi mettre dans mon Daily Mix et Découvertes de la semaine, il est perdu, il n’y a plus qu’un album #tristesse.

Bon, si c’était qu’une histoire de chansons ça irait encore, mais le problème c’est qu’il y a des matins où je me lève et je me dis : allez, je vais lui écrire et personne pourra m’en empêcher mouhahahaha.

D’ailleurs à cet instant je ne peux m’empêcher de fixer l’enveloppe libellé à son nom qui me nargue juste à côté de l’ordinateur. Une pichenette et boum, elle tomberait dans mon sac.

Pour l’instant j’ai réussi à ne pas faire de pichenette. Cette enveloppe est prête à partir depuis 1 semaine by the way. Et, vous allez être fier·es de moi : je suis allée à la poste hier et je ne l’ai pas prise avec moi !! Un fond de conscience sans doute, ou alors les hurlements de ma colocataire et les messages toutes les heures qui m’incitent à ne pas craquer (le gif bébé lapin marche bien – je recommande).

Mais aujourd’hui, F***. Aujourd’hui je mets mon téléphone en mode avion. Je mets l’enveloppe dans mon sac et je laisse parler le petit démon sur mon épaule, celui qui prépare sa liste depuis des semaines, la liste des BONNES RAISONS DE LUI ÉCRIRE :

1/ Quand même, avec Roger, c’est une histoire digne d’un film. On pourrait l’écrire. On pourrait même le tourner (Roger est acteur). Ce serait vraiment gâcher de ne pas en profiter. Il y a des gens qui rêvent de vivre une histoire pareille.

Certes mais es-tu sûre que

HOP HOP HOP HOP HOP : c’est MA liste, mon moment, tu te tais petite voix fluette.

2/ Je ne comprends pas l’argument « si tu lui écris il va croire que tu veux te remettre avec lui, il ne va pas réussir à passer à autre chose, et tu ne veux pas être cette fille là. » Dans la mesure où c’est lui qui m’a brisé le coeur, et qu’à chaque fois qu’on se voit, il tient à me faire le plus de mal possible parce qu’il flippe, ben je m’en fous un peu qu’il se fasse des films et qu’il reste accroché. No, I don’t wanna be the bigger person. I want to be small, very small, and use him, yes I do.

3/ En plus concrètement je suis pas en train de dire que je veux l’appeler ou lui écrire sur Whatsapp. Je lui envoie une photo. Il n’y a même pas de mots. C’est même pas une lettre. Donc en vrai je « n’entre pas en contact ». Et c’est anonyme, il ne saura même pas que ça vient de moi !

4/ (mon préféré) Concrètement, soyons honnête, toi, moi, lui, vous, nous : on sait que je vais lui écrire un jour. C’est inévitable. Alors aujourd’hui ou dans 10 jours, hein ?

 

Voilà les ami·e·s, vous n’êtes pas seul·e·s à faire des listes et des contre-listes. Je ne sais pas encore si je vais aller à la poste aujourd’hui (je soupçonne ma coloc de débarquer au bureau asap quand elle aura remarqué que mon téléphone est en mode avion), je vous tiens au courant.

Ah, et oui, j’arrête là, parce que bien sûr il faudrait que je conclue en disant que « ça ne vaut pas le coup », que « chaque jour de passé est un jour de gagné » gnagnagnagnagna mais ce n’était pas le but de cet article. #CATHARSIS.