Mourir d’ennui

Flickr - CC - John Watson

L’autre jour je traînais mes béquilles dans le parc pour prendre un peu l’air, Causette sous le bras. En longeant le parc à chèvres et à cochons d’Inde, je regardais les familles, les couples, les couples d’amis qui étaient venus en famille, et je me suis surprise à les plaindre. Je les regardais et je me disais « les pauvres, ça doit être tellement horrible de se réveiller tous les matins à côté de la même personne, de partager les conneries du quotidien, d’être piégé là comme ça, de devoir se supporter »… En rentrant chez moi je me suis vraiment demandé mais mince, qu’est-ce qui cloche chez moi?! A quel moment ça a merdé? A quel moment je suis devenue aussi cynique? Pire, depuis quand je vois l’amour, le couple, le boyfriend, comme le responsable de mon futur malheur, de mon futur ennui mortel?

Je regarde tous ces couples et rien ne me fait envie. Après réflexion, il est possible que rien ne me fasse envie parce qu’en fait je n’ai jamais connu ça. Je n’ai jamais eu ça. Ce qu’ils ont. Des copains oui, des histoires d’amour oui, des looongues histoires d’amour aussi, mais chaque fois des choses passionnelles, improbables, franchement pas saines, avec des artistes torturés, des mecs plus vieux, des scientifiques coincés, des dépressifs drogués. Des relations qui clairement, from day 1, n’allaient pas durer. Des relations dans lesquelles la post ado que j’étais se disait « nan, moi je suis faite pour la passion uniquement », et regardait d’un air dédaigneux tous ces couples « plan-plan », du moins que je voyais comme tels. Bref, aujourd’hui j’ai grandi, X. n’est ni alcoolique, ni narcissique, ni trop jeune, ni trop vieux, ni drogué, (d’ailleurs ma copine G. avec qui je dînais hier soir a quasi versé une larme en me disant « OMG Jule c’est la première fois que tu parles d’un mec qui a l’air normal ») et ce qui nous attend me terrifie. J’ai peur de mourir d’ennui.

En résumé, je suis Bill, ce Texan de 65 ans adepte du BBQ quotidien depuis 62 ans, à qui le médecin a interdit la viande sous toutes ses formes et qui se retrouve dans un café vegan de Prenzlauer devant un smoothie grünkohl-ananas-spinat. Je regarde le serveur, les potes qui dégustent leur quinoa-avocat en me disant la bouche pleine « vas-y, c’est hyper bon tu vas voir ».  Sceptique, le regard condescendant, la tête qui fait nan nan nan je finis par approcher la paille* de mes lèvres… Curieuse.

Ami·e·s qui vous dites : moi aussi je suis comme twaaaaa, n’hésitez pas à m’écrire un petit mail pour me dire quelle est votre explication à cela, votre métaphore de vie.

Ami·e·s qui vous dites : mais non, le couple c’est tellement bien tu vas voir tu vas kiffer, je vous invite également à m’écrire un petit mail avec vos raisons!

Vous me trouverez là : contact@girlshood.fr

*Ceci n’est pas une métaphore relative au membre de X. je vous vois déjà venir.