Mood#6 Une amoureuse normale

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Il est 20h30. Nous sortons de la douche. X. s’est mis en pyjama, il vient de s’allonger dans mon canapé avec le livre féministe que je traduis actuellement. Ça va être difficile… Je m’assois sur le fauteuil. J’ai les larmes aux yeux. Il me regarde, referme le livre.

« Tu veux que je parte, c’est ça ? »

20h35, X. est dans la rue. Nous n’avons pas rompu, pas du tout. X. a plus ou moins l’habitude. Ce n’est pas facile pour autant. Je sais qu’il va me faire la gueule.

« Même si je comprends, même si je sais pourquoi tu as besoin de distance, il y a forcément des conséquences. Je me protège aussi ».

Oui, il se protège. De quoi ? De moi !

De ma tendance assez relationo-destructive à parler mariage, enfants, voyages et avenir commun, puis à ne plus donner de nouvelles pendant 3 jours, à exiger des dates à l’extérieur, sans se toucher, pas même s’effleurer.

Je ferais tout pour museler cette peur, la faire disparaître, elle me bouffe, me détruit, nous détruit. Chaque fois c’est trois pas en avant, deux pas et demi en arrière. On n’avance pas vite à ce rythme, et les déceptions s’accumulent.

« En même temps vous n’êtes pas pressés, vous avez toute la vie ! »

Oui, théoriquement, enfin ça, c’est si X. ne craque pas avant.

J’aimerais tellement être une amoureuse « normale » :

Une fille qui se réjouit de faire un peu de place pour les vêtements de son mec (j’ai autorisé un bas de pyjama et un tee-shirt il y a un mois, mais j’ai fait une crise cardiaque quand j’ai découvert un caleçon et des chaussettes dans mon panier de linge sale).

Une fille qui se réjouit de rencontrer ses ami·es (j’ai mis une barrière d’un an avant toute rencontre de ce type, demandé à choisir moi-même le jour, l’occasion, le lieu, et surtout : qu’on ne se touche pas).

Une fille qui n’a pas l’impression qu’elle va mourir absorbée dans ce truc étrange, et il paraît enviable, qu’est « le couple ».

« Vous avez un vrai problème avec la notion d’intimité. Soit vous êtes dans la fusion, soit vous êtes dans la distance. Ces deux parties se battent constamment en vous, c’est sûr que c’est fatigant. »

Fatigant ? Épuisant. Éreintant. Crevant.

S’enfermer dans la salle de bain pour pleurer parce qu’il a pris un truc dans le frigo sans vous l’avoir demandé, entendre une voix qui crie « non mais c’est MA cuisine, MON frigo, ça commence comme ça Jule et BOUM tu n’existes plus il finira ta phrase vous ne direz plus que des « nous » et tout ce pour quoi tu te seras battue ces dernières années, ton indépendance, atteindre le bonheur seule, sans personne, tout sera enterré sous le poids du COUPLE des obligations des chaînes AAAAAAAH ».

Pleurer d’épuisement. Ne plus être capable d’envisager les prochaines minutes, trop fatigant. Stress émotionnel trop haut, crises de larmes incontrôlables et la sensation que je n’y arriverai jamais « oui d’ailleurs à ce sujet, puisque clairement tu n’y arriveras jamais, si on larguait X. tout de suite histoire qu’il ne souffre pas trop le garçon ».

« Jule, quand tu es sur le point de quitter quelqu’un, il y a des signes avant-coureurs. Parler de X. avec des étoiles dans les yeux n’est pas un signe avant-coureur de rupture. »

Donnez-moi un traitement, donnez-moi quelque chose. Que j’arrête de souffrir, de faire souffrir, que je me réjouisse d’un date, d’une nuit passée dans ses bras, comme avant, je ne sais pas ce qui a merdé récemment, je ne sais pas pourquoi tout d’un coup les 10 derniers mois n’existent plus, pourquoi je me retrouve à la case départ, à ne vouloir que des rendez-vous à l’extérieur, ne surtout pas le voir en pyjama, qu’il ne dorme pas chez moi, du vin rouge, du sexe, des restos et rien d’autre.