Mood#4 : Bad feminist

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Dimanche dernier je me suis rendue à un cours de swing. C’était gratuit, il faisait beau, ça faisait deux semaines que je faisais la danse du printemps tous les matins dans mon salon, je me suis dit que ça parachèverait ma bonne humeur. Je n’ai pas été déçue. Ambiance : sympa. Musique : trop cool. Profs : canons. Alors pourquoi ce goût de désagrément persiste-t-il sur ma langue…

Connaissez-vous Bad Feminist ? Ce livre de Roxane Gay dont on a beaucoup parlé récemment. Je vais vous copier le pitch vous allez comprendre :

Pink is my favorite color. I used to say my favorite color was black to be cool, but it is pink—all shades of pink. If I have an accessory, it is probably pink. I read Vogue, and I’m not doing it ironically, though it might seem that way. I once live-tweeted the September issue.

Je ne l’ai pas (encore) lu, je me dis que la seule existence de ce livre a déjà sans doute rempli son premier objectif : me déculpabiliser. Parce que même si on l’avait écrit dès le début de l’aventure Girlshood dans notre manifeste, il n’est pas facile de faire se côtoyer tous les jours notre lecture quotidienne de Voici avec celle de Missy Magazine. Bref, depuis cet après-midi à swinger et solo jazzer, je suis en pleine vague baaaaad feminist.

Après une introduction sur les origines du lindy hop, prof canon numéro 1 nous demande de nous répartir en deux groupes. Leaders et followers. Il insiste bien sur le fait que ces rôles ne sont PAS genrés. Prof canon numéro 2 en remet une couche : certes le lindy hop est une danse des années 20, 30, mais vraiment, hommes et femmes, choisissez le rôle que vous voulez. Résultat ? Bah je vous laisse imaginer… Et bibi ? Ah, bibi… Panique absolue au moment de choisir. Je vais être très honnête (sinon c’est pas drôle). Voici ce qui m’est passé par l’esprit :

  1. Tiens, encore un truc du patriarcat ça, leader et follower pffff
  2. Ah, c’est pas genré, c’est cool ça, c’est génial que, et lui, et elle insistent là-dessus
  3. Euh… Bon mais en vrai dans les soirées swing ça sera plus simple si j’ai appris à être follower non ?
  4. Vive les discussions akward : non monsieur, laissez-moi tranquille je suis leader
  5. Je vais devoir inviter des filles à danser du coup
  6. Ça va être compliqué de flirter en soirée
  7. Ou alors avec des filles
  8. Est-ce que je vais de voir porter un tee-shirt hétéro juste pour être éclaircir les choses (oui, j’ai pensé ça et j’ai vraiment honte).

Une des filles du groupe est passée chez les leaders, la prof canon l’a applaudie. Je me suis sentie vraiment nulle. Faible. J’ai entendu une petite voix en moi se rebeller :

  1. Non mais ça va, une fois de temps en temps j’ai le droit de « faire la fille » non ?
  2. Comment ça « faire la fille » ?! Mais c’est quoi cette expression ?
  3. Non mais je veux dire pour une fois je peux m’abstenir de saisir la perche féministe qui m’est tendue…
  4. Bon… Okay, mais tu te rattraperas dès que possible alors!

L’occasion de se rattraper s’est présentée ce matin quand je me suis inscrite pour de bon au cours de lindy hop. Question dans le formulaire d’inscription : leader, follower ou ça m’est égal ? Aaaaaah… Dilemme………. Les huit points se sont à nouveau déroulés dans ma tête. J’ai hésité à cliquer sur « ça m’est égal », parce qu’en vrai ça ne m’est pas égal pour deux sous. Je continue à penser que oui, être leader ou follower au fond on s’en fout, l’essentiel c’est le plaisir de danser. Mais :

  1. Je suis quand même sûre que ça va poser problème dans les soirées, du moins au début, et qu’il faudra attendre de savoir faire les deux pour pouvoir vraiment profiter hors cours.
  2. Que quelque part ça a à voir avec la charge mentale. Pour avoir fait un peu de salsa dans une époque lointaine, je sais qu’être leader, comme son nom l’indique, c’est devoir prendre les décisions de tous les mouvements. Or si je m’inscris à la danse en ce moment, c’est pour ne penser A RIEN. Et surtout pas prendre de décision.

Réponse du prof canon numéro 1 : tu es sur liste d’attente pour le cours, il nous manque des leaders. Bon, eh bien voilà. Je serai leader. Parce que oui, j’y vais pour danser, par pour faire la fille. Et permettez-moi de faire une nouvelle liste. C’est une très bonne chose parce que :

  1. Je n’aurais pas à passer de bras transpirants en aisselles odorantes (quelle idée d’apprendre une danse de couple en plein été).
  2. Leader c’est le plus dur donc ça sera facile d’apprendre follower en même temps, au pire je m’entraînerai à la maison et mettrai X. à contribution.
  3.  Allez, disons-le, « leader » c’est quand même classe.

Danseuses de lindy hop, si vous avez des tips pour compléter ma liste je suis toute ouïe. Sur ce je vous laisse, j’ai manucure à 16h00 et conférence Libertine Magazine à 18h30.