Mon amie Katrin

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Une amitié est née.

Enfin, on est sur le bon chemin.

Enfin on espère qu’on est sur le chemin.

Disons qu’il y a un chemin.

Et qu’on est dessus.

Au tout début.

Oui bah ça fait deux mois mais que voulez-vous…

L’Allemagne.

***

Le psy : « et donc, vous êtes contente d’aller à votre bureau tous les jours ? »

Moi : « oui, c’est un coworking, c’est sympa! »

Le psy : « mais ce sont les mêmes gens ? »

Moi : « oui oui, j’ai un bureau fixe donc ce sont toujours les mêmes autour de moi. »

Le psy : « ah, bien, et vous avez des interactions, vous vous parlez ou vous êtes plutôt seule ? »

Moi : « non bah on se parle, enfin c’est des Allemands quoi ».

Regard perplexe.

Le psy est allemand.

Le psy : « c’est à dire ? »

Moi : « bah… »

***

26 mars : premier jour dans mon coworking.

27 mars : Katrin entre dans le bureau, me salue froidement, s’installe.

30 mars : Casual Friday : je fais une blague sur la météo. Too soon.

2 avril : première fois que Katrin me dit bonjour en me regardant.

12 avril : première fois que Katrin me sourit en me disant bonjour.

16 avril: je fais une blague sur le pollen. Too soon.

17 avril : Martin propose que nous allions tous déjeuner ensemble. Katrin ne m’adressera pas la parole. Elle écoutera distraitement ce que je raconte, le visage impénétrable. Comme son coeur. Too soon to cry.

26 avril : je retente une blague météo. Ça fait un mois, j’y vais je me lance j’ai rien à perdre. Elle répond. Danse de la joie.

8 mai : je prends mon déjeuner sur le balcon du bureau. Elle s’installe à côté de moi. J’enlève mes écouteurs. NAÏVE L O L.

11 mai : déjeuner bis, je fais une blague météo. Elle n’était pas drôle. Mais elle relance la conversation sur mon repas. On compare nos assiettes. On y croit.

14 mai : OMG. Ça y est, ce jour est arrivé, enfin. Katrin a partagé quelque chose de personnel avec moi. Alors rassurez-vous, elle ne m’a pas demandé si j’avais des piles pour son vibro en panne, c’était un peu moins perso. Un truc de boulot. MAIS ELLE M’A DEMANDÉ MON AVIS.

17 mai : Katrin a acheté de quoi se faire une salade. Comme moi hier. Je tente la taquinerie. No risk no fun comme on dit. « Tu me copies ? ». Elle sourit. Puis elle se justifie. Je me suis emballée j’avais oublié la relation problématique de l’Allemand·e avec la notion de second degré…

21 mai : Katrin revient de chez le coiffeur. Je lui dis que ça lui va bien. Elle rougit, me parle cheveux blancs en se recoiffant dans le miroir. Je crois qu’on est copines.

Enfin collègues.

Enfin on partage un coworking.

On se voit 5 jours par semaine.

On échange en moyenne 28 mots sur la semaine. On est bien, on est bien.