Mollami, « un anneau pour les quitter tous »

Ce qui devait arriva. Après des mois de silences contrits suivis de diarrhées verbales débordantes de reproches, de persiflages entre potes, d’heures à scruter les soubresauts de votre portable en attendant de ses nouvelles – manque de bol, c’est toujours maman ou votre banque dans ces moments-là –… Vous vous êtes décidé(e) à larguer votre chèr(e) et tendre. Problème : vous ne savez plus trop comment procéder. Il faut dire que vous êtes passé(e) maître dans l’art complexe de la rupture. Comme la simplicité d’une séparation claire, honnête et définitive n’est pas votre point fort (vous êtes poisson, signe traduit en chinois par « autruche ») et que vous avez tendance à les accumuler, vous faîtes dans l’expérimental, l’aventure, l’inédit. Les « ghosting », « c’est pas toi, c’est moi », « j’ai couché avec tes meilleur(e)s potes », « je suis gay », « je pars faire le Djihad et du coup, je n’aurai pas trop de réseau ni de vacances »… Pour vous, c’est de l’éculé, du réchauffé, du mille fois déjà fait. Vous cherchez une nouvelle manière de lui dire adieu, mais cette fois sans mentir, compromettre votre intégrité physique et en enveloppant la démarche d’un peu de poésie ? Offrez lui une bague Mollami. Après tout, pourquoi ces dernières ne seraient que l’apparat de ces liens faussement immuables qui souvent se rompent aussi rapidement qu’ils ont été créés ? Pourquoi la rupture, la tristesse et le deuil ne pourraient-ils pas également se matérialiser de manière aussi belle qu’un anneau ? C’est une des idées derrière Mollami, dont la conception a émergé d’une pince utilisée autour d’un annulaire : aussi bien par le nom (« Mollami » signifie “Laisse-moi” et « Molla » « le ressort » en italien) que l’objet en lui-même, le jeu tient une place prépondérante. Mollami nous rappelle qu’un outil saugrenu ou un sentiment négatif peuvent également produire un joyau ; et qui de mieux pour vous parler de ces bijoux atypiques que sa créatrice, Marta Rossi ? Elle vous explique tout ici.

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Salut Marta, peux tu te présenter en quelques phrases ?

Par où commencer… Je dirais que je suis italienne à Paris où je vis depuis huit ans. Je travaille principalement comme costumière en théâtre et en cinéma, après un parcours pas linéaire qui est passé par l’architecture, la scénographie, les arts plastiques, l’art environnemental. Quand je suis arrivée en France, j’ai vécu ma pluridisciplinarité dans les arts comme un défaut; maintenant j’essaie de me la rapproprier. J’estime que le dialogue entre disciplines différentes ne peut qu’enrichir le travail.

Comment t’es venue l’idée de confectionner des bijoux, et particulièrement ce type de bague?

Je n’ai jamais pensé de réaliser des bijoux. J’y suis arrivée par hasard. Une fois sur un tournage j’ai mis au doigt un ressort d’une des pinces à linges utilisées par les électros. Je l’ai porté à ma main pendant un moment et un jour en le regardent, la connexion entre le mot molla (ressort en italien) et mollami (lâche-moi) s’est faite dans ma tête. C’est à ce moment que je me suis dite que je voulais réaliser des bagues pour se quitter.

Le nom vient donc originellement d’un jeu ?

Oui. Offrir une bague en disant « laisse-moi » me semblait être un bon résumé des contradictions qu’on retrouve dans beaucoup des relations d’aujourd’hui.

Le chapeau « laisse-moi j’en pince pour toi » est arrivé après, en cherchant un jeu de mots français, et il a permis d’étendre l’idée d’une bague pour se quitter à l’idée des bagues pour relations compliquées, « fuis-moi que je te suve » ou « je t’aime moi non plus ».

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Pourquoi une bague potentiellement pour une rupture ?

Initialement j’ai voulu réaliser une bague pour se quitter pour une question d’équilibre, parce que s’il y en avait pour se fiancer il devait aussi y en avoir pour rompre. J’ai aussi pensé que ça aurait pu donner un peu d’amour et de réconfort à ceux qui venait de se faire quitter, comme une amulette qui protège durant un moment difficile, ou comme la transformation de la douleur en beauté. Et puis aussi je crois que ça fait du bien de marquer une fin.

Au fond c’est vrai qu’avec ce geste je veux soulever un questionnement sur la manière de concevoir le couple dans notre société, la facilité de remplacement, la peur de l’engagement, la place de la liberté dans une relation.

Comment bien choisir une bague ?

Je choisis toujours par coup de cœur, si une forme ou une matière m’interrogent je les passe au doigt et je vois s’il se passe quelque chose. Il faut qu’elle soit en accord avec l’état d’âme du moment.

En tous cas je privilégie toujours des petits créateurs qui réalisent des pièces uniques et dont la recherche artistique m’intéresse.

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Si tu étais un anneau, tu serais ?

Un hula hoop ! 😉

Si tu étais un bijou ?

J’ai été fascinée récemment par des bijoux qui projettent une lumière sur la peau, j’aimerais bien être un de ceux-là : léger, caressant, visible dans le noir. L’évolution technique et l’origine du monde ensemble.

Si tu étais une histoire d’amour ?

Je crois que les histoires d’amour se construisent toujours avec la personne qui nous rencontrons, on ne peut pas les décider en avance, tout seul. Ceci dit, je pense que la mienne pourrait sans doute commencer comme Goliarda Sapienza le dit dans L’art de la joie : «  J’ai appris tant de choses dans la vie mais jamais à prévenir l’amour… Peut-on prévenir l’amour ? On peut prévenir l’intelligence des autres, les faits de l’histoire, même le destin – je te le concède, même le destin – mais l’amour jamais ! ».

Allez vous acheter un de ses anneaux sur le site Mollami.