Lettre à ton réveil

©Bruna

Il est six heures du matin,

Ou bien sept heures, ou bien huit heures, ou bien peu importe. L’important, c’est quand je me réveille, et que toi aussi.

Je vois dans ton réveil, dans tes yeux ensommeillés qui me regardent à peine, dans ton visage qui se tourne d’instinct vers moi pour réclamer mes caresses, je vois dans ton corps dans tes cheveux qui témoignent d’une énième bataille nocturne dans ta chaleur tendre au creux du cou, je vois dans tous tes fourmillements de bâillements, toute la douceur et la confiance d’entre nous deux. C’est un jour nouveau qui commence et à ton réveil, tu n’as même pas encore allumé les lumières de ton cerveau, que c’est tout ton charnel qui me réclame. Je vois, quand tu te tournes vers moi pour ce câlin du matin, tout ce que tu me fais confiance, tout ce que tu me sais à tes côtés, toutes ces questions que tu ne te poses pas car nos jambes entrelacées en sont la réponse, une réponse muette car sans interrogation, une réponse évidente.

Quand tu te réveilles et que moi aussi, c’est l’évidence de nos corps côte à côte qui me rassure de mes incertitudes nocturnes. C’est tes paupières lourdes qui cherchent dans les creux de mes aisselles encore un peu d’obscurité, ta moue bougonne qui pose sur mes lèvres le premier baiser à l’haleine âpre, tes geignements râleurs qui ronronnent sous mes doigts, tout ce qui fait de ton réveil un moment que je savoure, qui vient calmer la peur de ton désamour et l’angoisse de te décevoir. Alors même que tu n’es pas complètement réveillée, tu me regardes avec de l’amour dans les yeux, de l’amour comme réflexe inconscient de l’amour comme première pensée de l’amour sur moi, et sur ton corps nu je lis, en l’admirant en le caressant en le griffant parfois, au matin je lis sur ton corps nu, toutes les promesses de tous les matins à venir.

Il y a déjà un nombre incalculable de matins entre nous, un nombre incalculable de caresses entre nous de chuchotements entre nous de soupirs entre nous. Il y a déjà des réflexes entre nous, quand j’entends ton corps glisser hors des couvertures, suivi par le bruit du café qui coule et celui de la première cigarette roulée, quand je sens tes doigts chatouiller le long de ma nuque, quand je vois ta main me chausser mes lunettes, signe définitif du commencement d’une journée. Il y a déjà une histoire qui s’écrit, tous ces matins après toutes ces nuits, mais de tous ces moments celui du réveil reste mon favori.

Peut-être que la journée nous nous aimons follement. Mais le matin, nous nous aimons inconsciemment.

Matinalement tienne,

B.