Lettre à des parents qui grandissent

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Mes chers parents,

Mes darons, mes vieux, Bonnie & Clyde de mon enfance et racines absolues de ma vie, jamais je n’aurais pensé vous voir grandir. Grandir, c’est réservé aux enfants, dans cette histoire de famille à quatre personnes, ce sont les enfants qui grandissent, les parents, eux, ils subissent. Et puis voilà que les rôles se sont inversés. Vous m’avez vue grandir et à présent c’est moi qui vous regarde. Je vous regarde, et vous êtes beaux avec ce petit-fils dans vos bras. Vous étiez des parents, vous voilà des grands-parents. Et je crois que vous n’y étiez plus tellement habitués non plus, à grandir.

On grandit toute notre enfance et puis un jour on arrête et on attend. On ne fête presque même plus vos anniversaires et on récite des phrases du genre « Ma vie est faite maintenant » ou « Je n’ai plus l’âge pour ça ». Est-ce qu’il y a un stade où ça y est, on est grands, et puis comment on le reconnait, ce stade là ? Est-ce que ça m’arrivera, un jour, moi aussi ? Ca fait comme un diplôme ou un permis à passer, une ligne d’arrivée, un palier, voilà, dorénavant tu verras les plus petits grandir autour de toi, pour toi, c’est fini tout ça. Et puis il y a ce petit être qui arrive, un neveu pour moi un fils pour elle un petit-fils pour vous, et avec ses tout juste 24 heures de vie il nous fait repenser à la nôtre. La vôtre de vie que vous croyiez faite, et qui se fait défaire par lui, alors qu’il ne fait même pas 60cm de haut. C’est fou ce que vous êtes petits finalement.

Il vous reste tant à apprendre, maintenant que de nouveau vous grandissez, tant de cauchemars de nouveau à apprivoiser, tant de jeux à inventer, tant d’histoires à raconter, et se souvenir de quand on a grandi, pour que lui aussi, il grandisse. Peut être qu’il se dira la même chose de ses parents à lui. Que ses parents ne grandissent pas alors qu’ils n’ont fait que ça. C’est bizarre, pour un enfant, de voir ses parents apprendre. Et puis, je dois bien l’avouer, ça vous humanise quand même un peu. Moi qui vous voyais comme des détenteurs de savoir absolu, incarnations parfois intimidantes de la sagesse, je vous vois un peu perdus dans ce rôle de grands-parents en apprentissage, et que ça doit être étrange de grandir de nouveau, quand on en avait perdu la saveur.

Mes chers parents, à présent que vous grandissez et moi aussi, nous sommes presque sur un pied d’égalité. Alors, d’égal à égale, j’aimerais vous rassurer à mon tour. Il n’est pas évident de grandir. Cela demande beaucoup de courage, d’énergie, d’imagination aussi, de ne pas avoir peur de ses peurs, ne pas avoir peur de ne pas savoir, ne pas avoir peur de se dire qu’il y a tout à faire pour faire une vie.

Il faut des alliés pour grandir. Vous en avez été des formidables pour moi. Maintenant je veux en être une pour vous. Nul doute que je ne serai pas aussi douée que vous. Il me reste, moi aussi, beaucoup à apprendre.

Enfantinement vôtre,

B.