Lesbiennitude

Flickr - CC - philippe leroyer

Ce matin j’avais rendez-vous chez la gynéco pour mon contrôle post pose de stérilet. D’ailleurs, en parlant de pose de stérilet, après cet aperçu mmmmmrrfrrrmghhhaaaaaïe de ce à quoi peut ressembler la vie des copines atteintes d’endométriose chaque mois, je tiens à leur faire de gros GROS bisous. J’avais prévu large pour aller au rendez-vous, ma vitesse de croisière s’était méchamment ralentie depuis que mon cheval m’a marché dessus (c’était dans la newsletter de la semaine dernière paraît-il, vous n’avez pas suivi ?). Du coup je me suis retrouvée dans la salle d’attente hyper en avance, et j’ai eu le temps de dire « hallo / tchüss / hallo / tchüss » à peu près dix fois (en vrai j’étais pas autant en avance que ça mais la durée moyenne d’un rendez-vous médical à Berlin étant de 3 minutes quarante-cinq secondes, ça fait du monde) tout en contemplant la faune (je pourrais faire un jeu de mot vaginal ici mais je vais m’abstenir) qui me saluait.

J’ai fini par sortir mon petit carnet de notes quand s’est installé un couple en face de moi. Elles étaient belles, elles étaient amoureuses, elles étaient lesbiennes. En fait je n’en étais pas sûre jusqu’à ce qu’elles s’embrassent. Ça aurait pu être deux copines, deux soeurs, l’une accompagnant l’autre pour, tiens, au hasard, une pose de mmmmmmrrrghghhghn stérilet. Quand elles se sont embrassées je me suis dit « oui ben c’est vrai, elles avaient l’air lesbiennes ». Mais ça veut dire quoi « avoir l’air lesbienne » ? Pourquoi, quand on voit certains couples, certaines femmes, on sait qu’elles sont gays, et on ne se trompe pas. Ça tient à quoi ?

Quelque part ça m’intéresse parce qu’avec ma copine M. on cherche un appart et vu que les proprio sont pas toujours coloc friendly, on se fait passer pour un couple lesbien. Et souvent je me demande si « on passe ». Est-ce qu’on est crédibles ? En vrai pourquoi pas, au fond M. et moi, on est un peu en couple. On dort ensemble au moins une fois par semaine, elle était mon contact d’urgence à l’hôpital, j’ai une brosse à dent chez elle et elle a fait style d’oublier la sienne chez moi (du coup X. a dû se sentir menacé et il a carrément laissé sa trousse de toilettes dans ma salle de bain : WTF les gars, j’ai que 30m2 moi!!). Mais est-on crédible en tant que couple M. et moi ? Est-ce qu’on respire la lesbiennitude ? Je n’en ai pas l’impression. Côté cliché déjà, on n’y est pas : pas de coupe à la garçonne, pas de jeans trop grands, toutes les deux ultra féminines… Mmm… A force de les regarder (discrètement hein vous me connaissez) ces deux femmes dans la salle d’attente, j’ai repensé à cet article que j’ai vu passer dans mon flux facebook il y a peu : « Straight Women Are Having Fewer Orgasms Than Everyone Else » paru sur le Huffington Post le… ah ben tiens le jour de mon anniversaire (COÏNCIDENCE? JE NE CROIS PAS), en référence à une étude de chercheurs américains de l’Institut Kinsey et de l’Université Chapman, dans l’Etat de l’Indiana (Etats-Unis). D’après l’étude, les femmes homosexuelles interrogées déclarent atteindre l’orgasme 86 % du temps, contre 65 % pour les femmes hétérosexuelles. Voilà, elle est là, je crois, la différence. Je me mets à penser aux couples de copines homosexuelles que je connais, et c’est ça qu’elle respire, le bien-être. Les femmes homosexuelles que je connais sont les femmes de mon entourage qui paraissent les plus apaisées, comparées à mes amies hétérosexuelles, moi compris. « On est entre filles », j’entends souvent ça. « On est des filles donc on se comprend ». Et c’est l’image qu’elles renvoient, les ondes qu’elles émanent : elles s’acceptent, elles s’aiment pour elles-mêmes, elles n’ont rien à prouver.

Ça y est la gynéco appelle mon nom, j’attrape mes béquilles. Conclusion de ce moment : ce n’est ni une histoire de fringues, ni une histoire de coupe de cheveux, ni une histoire de musculature, c’est une histoire d’apaisement.