Le coup de gueule de mars : on baise ou on s’fait un scrabble?

Flickr - CC - Christopher Octa

Le coup de gueule de mars je te l’adresse à toi, beau blond de mon espace de coworking. Tout en sachant que nous sommes amis Facebook, que tu m’as demandé lundi dernier si « Girlshood » c’était un magazine pour lequel je travaillais donc que tu as conscience de ma présence online en plus de celle à mon bureau près du tien, et donc que tu liras potentiellement cet article à l’aide de google traduction (ce qui m’a valu par le passé de terrrrrriiiibles malentendus. Amis Allemands : arrêtez de lire mes textes via Google Traduction, demandez-moi franchement. )

Je te l’adresse à toi cher X., oui, nous t’appellerons X., alors qu’en fait ton prénom commence par S. mais si je répète trop de fois S. tu vas finir par être sûr que je parle de toi et donc je t’appellerais X. Dans une tentative désespérée de me distancier de cette histoire certainement. #Mouhahaha

X. Que veux-tu X? Qu’attends-tu? Qu’espères-tu? Et qu’est-ce qui te fait bander en fait X.? X., Tu n’es pas Français. Tu n’es pas Allemand. Tu es Suisse Allemand. Cette nationalité que beaucoup ont découvert grâce à ce succès de la chanson française (à la vingtième seconde):

Le Français : je gère (j’entends l’homme Français). Pourtant c’est sans doute le plus difficile à gérer le Français! Cette ambiguïté constante… La question qui peut lancer un débat de 4h30 et 8 bouteilles de vin un samedi soir en terrasse « l’amitié homme-femme est-elle possible? », alors qu’en fait la vraie question qui mettrait tout le monde d’accord est « l’amitié homme-femme est-elle possible EN FRANCE? ». Question à laquelle certains potes te répondront « NON », mettant leur copines très mal à l’aise (oui parce que hier il était « entre pote » avec sa « pote » de lycée), d’autres diront « oui s’ils sont tous les deux moches » s’attirant les foudres de la gent féminine, d’autres (nanas souvent) diront « oui s’ils sont tous les deux en couple » (en général c’est une meuf en couple qui dit ça pendant que son « meilleur pote » bave devant son décolleté), d’autres encore (plus jeunes) « ben oui moi j’ai plein de potes mecs! » (en général la nana de 22 ans qui te dit ça est mannequin) et puis ceux qui disent « avec les potes d’enfance ouais, jusqu’à la fac à peu près mais après non on peut oublier » (mon avis personnel by the way). Ce qui n’empêche pas d’avoir des potes mecs j’entends bien, juste j’estime que la question de « est-ce qu’on pourrait baiser un soir bourrés » sera toujours là.  La preuve, quand j’accuse un célibat de plus de 7 mois je commence à envisager une relation sérieuse (sexuellement sérieuse) avec toute la liste de mes potes mecs.

Sur l’ambiguïté, pour les amis franco-allemands qui n’ont pas expérimenté tant que ça le Français, et puis pour les Français qui ne voient pas la différence entre les deux nationalités, voici une petite histoire intéressante #PèreCastor:

C’était l’année où j’étais entre les deux villes, Paris-Berlin, Berlin-Paris. A Berlin j’écrivais mon premier livre, à Paris je faisais hôtesse pour payer un peu tout ça. Dans mon équipe d’hôtes et hôtesses sur le salon de l’auto je rencontre des mecs et des nanas, on sympathise (forcément on vend des voitures 10h/jour pendant 2 semaines donc bon), je propose à un des mecs de manger avec moi le midi, étant tous les 2 fauchés (sinon concrètement on se fera pas chier à faire hôte•sse) on décide de manger chez moi, et là je lui dis très clairement « alors euh par contre moi j’habite aussi à Berlin où j’aurais aucun souci à faire ça, mais là je préfère préciser, c’est juste pour manger, c’est pas un plan drague d’accord? » Lui : « ben oui je suis pas con tu me prends pour qui ». Résultat 2h plus tard une fois les pâtes carbo avalées le mec se jetait sur moi (littéralement) en me disant « non mais je suis là pour baiser non? ben parce que quand une fille dit non ça veut dire oui en fait! » 14h, un mercredi à Paris. 

Bref, autant vous dire que ça ne m’est JAMAIS arrivé en Allemagne. Et je ne compte plus le nombre d’inconnus rencontrés dans la rue ou dans le métro avec qui j’ai bu des verres et discuté de choses et d’autres jusqu’à 5h du matin sans qu’il n’ y ait jamais une seule ambiguïté.

Résultat, à force de vivre en terre d’outre Rhin, je commence à maîtriser l’Allemand (on parle toujours des hommes pas de la langue, enfin aussi un peu mais bref on s’est compris). Sa non ambiguïté tant décriée. Son incapacité à vous aborder dans un bar, sa volonté d’attendre le 4e date pour un premier smack et le 11e pour monter chez vous. BIEN SUR il y a des exceptions lâchez le bouton « commenter » de facebook tout de suite s’il vous plaît. On parle de « sentiment général » et on a benchmarké…

D’ailleurs, si vous voulez un dossier complet sur la drague franco-allemande, je vous recommande cet article d’il y a quelques mois.

Mais alors le Suisse Allemand ça… Mystère. J’ai expérimenté rapidement le Suisse Roman en janvier, un être qui s’est montré bien plus proche de mes compatriotes de l’hexagone (j’en parle en filigrane là), ultra ambigu comme on déteste, que de la clarté allemande. J’ai donc supposé à l’inverse que le SA (ouais je me suis dit je vais abrégé sauf que SA ça le fait FRANCHEMENT PAS sur un article franco-allemand, y avait SAL aussi mais pareil, pas jojo hein) serait aussi froid et distant que mes rencontres germaniques. Mais non.

Non cher X., tu n’as pas été froid et distant. Tu m’as fait des sourires, tu t’es intéressé de près à ma vie avec des questions, il faut bien le dire, très orientées:
-Tu habites toute seule?
-Où ça?
-T’as quel âge?
Et puis pour mon anniversaire tu m’as offert un cadeau, en profitant de ma pause déjeuner pour le poser discrètement sur mon bureau : tu aurais été Allemand je me serais attendue à la bague de fiançailles dans mon prochain kebab (ben oui non parce que le cadeau surprise d’anniv à la meuf de ton bureau que tu connais depuis 1 mois et demi…).

Et puis plus rien. Tu me la joues SR (Suisse Roman, suivez un peu) en m’ignorant peu à peu (big up A.), voire même pire, bon vieux Français quand tu me remercies pour mon cadeau d’anniversaire (ouais on est poissons tous les deux, on pourrait se dire chouette un point commun mais non, 2 poissons en couple je pense qu’on peut pas faire plus foireux comme combinaison) et que tu le laisses traîner une semaine sur ton bureau sans y toucher (on parle de cookies Bonne Maman (souvenez-vous, je les ai achetés aux Galeries Lafayette), genre le truc tu te jettes dessus le jour J ou tu l’emportes chez toi pour ton petit déjeuner ou ta soirée télé).

Hier des nanas sont passées te voir au bureau. 3 meufs dont le parfum m’a donné mal à la tête. Vous avez parlé clubing pendant 1h. Et je me suis dit : oui, c’est vrai, on a rien en commun. A part notre âge et notre signe du zodiaque. Eventuellement la couleur de nos yeux. Mais ton bonnet de hipster, tes sweets et jeans d’adolescents, ta passion malbouffe et tes brunchs à la mdma… Est-ce que c’est ça X., qui te freine? Non parce que moi j’ai pas prévu qu’on passe notre vie ensemble. Mais une à deux soirées par semaine sur les 4 qui viennent pourquoi pas non?

Je ne sais pas comment te faire comprendre tout ça. Dans ma culture quand on se plaît et quand c’est obvious des deux côtés, on va boire un verre ou deux et puis on voit, on « sent », on « tâte le terrain » des expectations de l’un et de l’autre, et on fait en fonction. Là j’ai ENCORE la sensation d’un truc avorté avant même d’avoir eu la chance de démarrer.

Mais le pire X., et c’est pour ça que je t’adresse ce coup de gueule : c’est que je n’ai aucune idée de ton avis sur le sujet. Je ne sais même pas si j’ai rêvé la petite étincelle du début, parce que pour un Français j’aurais dit « non je ne l’intéresse pas, jamais il ne me propose quoi que ce soit », pour un Allemand je me serais dit « oulala il s’emballe va falloir lui dire que je ne cherche rien de sérieux », mais pour toi, le blanc absolu.

Mon copain M. m’a recommandé de m’asseoir nue sur ton bureau. Alors oui, c’était le plan C. Donc je te l’annonce X., je quitte le bureau au 1er mai, le 30 avril je serai sur ton bureau, nue. Et tu as intérêt à avoir une réaction appropriée. Je n’accepterai aucune bouche ouverte perplexe et aucun bégaiement halluciné (CF quand je t’ai proposé d’aller boire un verre et qu’il t’a fallu 3 heures et 22 minutes pour digérer l’information et me dire « ok »).