Le voyage vers Mars pour les nuls (en 10 questions)

Grosse effervescence en début de semaine: Elon Musk descendait se mêler au commun des mortels lors de l’International Astronautical Conference de Mexico afin de nous exposer son plan pour se rendre sur Mars. En effet, si nous avions tous en tête une grossière chronologie (« dans 25 ans je sirote mon Mojito sur l’Olympus Mons »), nous ne savions absolument pas comment notre Tony Stark IRL allait s’y prendre. Accueilli comme une rockstar, Elon Musk commence la conférence de manière claire: « le but ici est de vous montrer que Mars est une possibilité. (Nous y rendre) est quelque chose que nous pouvons faire dans notre vie ». Nous avons listé une série de questions à laquelle la conférence répond. Si tout cela vous fascine mais que vous êtes aussi néophytes que nous sur le sujet, ce qui suit s’adresse à vous.

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Ça va encore nous coûter un bras c’t’histoire…

Oui, en effet. D’ailleurs, en compilant les différents courants de réflexion de Musk, l’argent semble être le principal obstacle à la faisabilité du voyage martien – pas la technologie, la technique ou l’état des connaissances; l’argent. Outre les coups faramineux à administrer à la réalisation de l’entreprise (10 milliards de dollars pour prétendre à une certaine rentabilité), la principale difficulté est évidemment le coût des billets. Il s’agit de trouver une zone de rencontre entre les personnes désireuses de se rendre sur Mars et le coût du voyage. Actuellement, ce dernier est quasi infini – disons 10 milliards par tête. Vous qui galérez déjà à vous payer une autre compagnie que Ryanair, passez votre chemin. Le but de Musk est d’abaisser suffisamment les prix pour augmenter le nombre de personnes financièrement en capacité de se rendre sur la planète rouge.

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Pour rendre effective cette réduction, plusieurs manœuvres apparaissent comme fondamentales: la réutilisation du matériel (vaisseaux, boosters, véhicules… Notons que la reusability (« capacité à réutiliser ») atteint une dimension quasi conceptuelle ici), la capacité à remplir les réservoirs en orbite, la production d’un carburant végétal martien et l’utilisation d’un combustible à bas coût… Lorsque tous ces différents éléments seront acquis (moyennant une amélioration des prix de 5 000 000 000%, « ce qui est un peu tricky » comme l’admet le patron de SpaceX dans un euphémisme poli), il sera alors possible de vous rendre sur la planète rouge pour la bagatelle de 200 000$, un montant facilement atteint selon Musk « si vous avez épargné et si c’est vraiment votre but ». Voila bande de feignasses, « le meilleur moyen de vous payer un costard – ou un ticket pour Mars -, c’est de travailler ».

Pourquoi Mars ? Moi j’opterais plutôt pour Neptune ou Coruscant.

La question n’a pas été éludée et il semble que le champ des possibles ait été balayé dans sa totalité. A terme, SpaceX souhaite créer une ville « autonome » (« self-sustaining« ), capable de se déployer jusqu’à « devenir elle-même une planète ». Par élimination, les deux satellites de Jupiter pourraient théoriquement faire l’affaire, mais leur position bien trop éloignée de la Terre rend le voyage extrêmement compliqué (n’oublions pas que 100 jours sont nécessaires pour se rendre sur Mars, ce qui est déjà suffisant pour que le personnel à bord nous produise un remake de Sunshine). Vénus – qui comme l’a plaisamment précisé Musk « n’a rien de la déesse » – s’apparente à une cuve d’acide; pas le top pour le tourisme balnéaire. La Lune était une potentialité raisonnable puisque nous l’avons déjà visitée (enfin, c’est ce qu’ont voulu nous faire croire les complotistes sionisto-illuminati-franc-maçon-reptiliens… Mais nous ne sommes pas dupes). Malheureusement, notre satellite n’a pas d’atmosphère et une journée lunaire correspond à 28 jours terrestres. De son côté, Mars se trouve à une distance « raisonnable » (55,758 millions de kilomètres à sa plus grande proximité), a des journées quasi équivalentes aux nôtres, peut retrouver une épaisse atmosphère si nous la réchauffons et possède une gravité équivalente à 30% celle de la Terre; grosse rigolade (et atrophie) en perceptive.

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Comment fait-on ?

Au niveau matériel, nous avons retenu trois éléments clés: le vaisseau, les boosters et les citernes. La clé est ici la capacité de tous les éléments à être réutilisés un nombre important de fois. Le vaisseau pourrait ne servir que tous les deux ans (il faut attendre la période où Mars et la Terre sont les plus proches), mais les boosters et citernes doivent être en mesure d’accumuler les aller-retours sur un laps de temps réduit. Et pour que tout ce beau monde fonctionne, il faudra que soit cultivée sur Mars une plante servant de carburant (la planète rouge est un environnement propice à l’agriculture du fait de la présence de CO2 et d’eau gelée). Enfin, le combustible est également facteur de réduction des coûts et donc sujet de toutes les attentions; le Méthane semble pour le moment l’emporter dans ce domaine.

Créer du carburant sur Mars:

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Ok ok, mais comment ça se passerait en vrai ?

Plutôt que de nous lancer dans des explications incompréhensibles où notre manque de connaissances scientifiques nous ferait drastiquement défaut, nous vous laissons apprécier cette simulation préparée par SpaceX:

(NB du patron: « ce que vous venez de regarder est très proche de ce que le voyage devra être »)

En somme: 1) le vaisseau (oui, nous préférons le terme « vaisseau » à « fusée », cela fait plus Faucon Millenium) propulsé par ses boosters (oui, « lanceurs » si vous voulez) s’élance, se détache de ses derniers et se met en orbite 2) les boosters redescendent sur Terre et se rangent bien docilement sur leur pas de tir initial 3) un réservoir de carburant est chargé sur les boosters 4) cette « nouvelle fusée » décolle et s’amarre au vaisseau pour le ravitailler 5) les boosters retournent vers la Terre et le vaisseau entame son Odyssée, durant laquelle il déploiera ses majestueux panneaux solaires pour s’auto-suffire en alimentation (on est green ou on ne l’est pas).

Si nos explications ne suffisent pas:

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A quoi ressemblera le vaisseau ?

Nous l’admettons, nos petits encéphales étaient en phase narcotique durant cette partie de la démonstration. Outre le fait que les boosters seraient une version améliorée du Falcon 9 et qu’en cela ils seraient l’un des éléments les plus simples à développer, nous avons retenu que le vaisseau sera « très gros » (dixit le patron), qu’il sera en fibre de carbone (a priori l’une des meilleures matières pour empêcher toute fuite), qu’il transportera une centaine de personnes (le but est d’avoir une colonie d’un million d’individus, c’est à dire entre 20 et 50 aller-retours réalisés en une quarantaine ou centaine d’années), et que l’endroit a été conçu pour à tout prix éviter l’ennui: restaurants, cinémas, salles à gravité zéro… Comme le mentionne le principal intéressé: « it’ll be very fun ».

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Les principaux obstacles ?

Comme précédemment mentionné, l’argent est un obstacle évident, denrée tellement manquante que Musk semble prêt à financer sa vision à l’aide un partenariat public privé (acceptant subrepticement les garde-fous que les institutions publiques impliquées pourraient lui imposer). Outre les deniers, le temps apparaît comme l’ennemi contre lequel Musk se bat le plus régulièrement. SpaceX n’est de fait pas très clair quant à la chronologie des différents événements fondateurs. Le premier vaisseau devrait être développé – et potentiellement capable d’aller en orbite – dans les 4 années à venir.

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Pourquoi devrais-je payer une fortune pour passer 3 mois dans un suppositoire mortel avec un pourcentage de chances énorme de ne même pas arriver sur Mars ?

Parce que la vie peut être d’un ennui… Mars comme terrain de jeu inhabité peut au moins se targuer de promettre le plein emploi. Et puis, qui a envie de rester sur une planète où coexistent Trump, Daesh, la religion, les meurtres de masse, l’aéroport du Bahrain le Bahrain tout court, le viol comme arme de guerre et les araignées ? Quitte à y passer, pourquoi ne pas casser sa pipe lors d’une de ces missions qui auront marqué l’histoire humaine d’une énorme pierre blanche ? Et comme l’a souvent répété Musk lors de sa conférence: ça a l’air très « fun » toutes cette histoire, vous ne trouvez pas ?

 

Is there life on Mars ?

La potentialité de la vie martienne et les conséquences de notre colonisation est une véritable problématique, sûrement éludée d’un dédaigneux revers de manche par Musk (« on est là pour sauver l’humanité les mecs; on va quand même pas se laisser emmerder par une poignée d’hypothétiques cellules alien »). Comme le mentionnait si bien l’agent Smith dans cette grave et placide rhétorique qui était la sienne, l’homo sapiens fonctionne un peu à l’instar d’un virus. En plus de coloniser, détruire tout ce qui se trouve sur son passage et chercher un autre endroit où proliférer (Mars?), elle est un nid à bactéries elles-mêmes capables de survivre dans des conditions drastiques. Que se passera-t-il lorsque nous amènerons fatalement ces dernières sur Mars? Comment s’adapteront-elles à leur environnement ? Muteront-elles ? Comment impacteront-elles cette pauvre planète rouge qui n’a rien demandé à personne ? Nous pouvons vous entendre glousser, mais figurez-vous qu’un traité existe sur la question et que cette dernière taraude de plus en plus la communauté scientifique: nous citerons ici Steve Clifford, chercheur au Lunar and Planetary Institute, pour le Scientific American (repris par Quartz): « En médecine, le premier commandement est de ne pas faire de mal (…). Si la vie existe quelque part sur Mars, elle a réussi à y rester pendant des milliards d’années. Que représente notre curiosité face à cela? A-t-on le droit de nous introduire (« trespass ») sans d’extrêmes précautions ? Je ne pense pas que potentiellement causer la disparition de la première forme de vie extra-terrestre que nous détections soit l’héritage que nous voulons laisser ».

Et l’éthique dans tout ça ?

La conférence se focalisant exclusivement sur le voyage, de nombreuses interrogations relatives au facteur humain propre n’ont trouvé aucune réponse (The Verge a tenté une question sur la survie martienne, sans grand succès). Par exemple: quel statut juridique pour les bébés nés sur Mars ? Comment s’organisera la colonie ? Quel type de régime politique serait préférable ? Qu’en est-il de la structure sociale ? Et surtout (c’est ici que le bas blesse) : l’argent va-t-il être le seul élément discriminant pour le voyage martien, et si non, comment sélectionner les humains aptes à ce périple ?

C’est bien beau toutes ces explications pour un truc que je ne pourrai jamais me payer (j’ai proposé à mon banquier d’investir dans une place de parking, il m’a ri à la gueule), passons à la vraie question: OU ÉTAIT LE LOL ?

Parce qu’il y a tout de même eu quelques moments de rigolade lors de cette conférence.

  • A la question « comment SpaceX financera son entreprise », voici la réponse de Musk:funding
  • Elon Musk qui joue des maracasses (quant on sait que travailler avec lui tient plus de l’épreuve physique et mentale que de la thalassothérapie):

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  • La petite référence à Battlestar Galactica
  • Bien entendu, le pic de gaudriole extrêmement gênante fut atteint lors de la cession Q&A, les humains restant désespérément humains (désolé Elon):

La palme revient à cet individu fraîchement revenu du Burning Man (où il aurait dû rester) demandant s’il y aurait des toilettes fonctionnelles sur Mars. La mort par le Feu.

Bonus: la seule et unique vraie question non élucidée par cette conférence:

Aussi bien avec SpaceX que Tesla, Solar City, Hyperloop ou OpenAI, tout le travail d’Elon Musk semble construit sur un postulat qu’il n’a pas l’air d’interroger: l’humanité, notamment en devenant une espèce multi-planétaire, se doit de survivre. Il aurait été intéressant que quelqu’un lui demande de questionner ce moteur de réflexion car personnellement, nous sommes loin d’en être convaincus.

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