Injuste

Flickr - CC - IceBone

Lundi j’étais à la rédac quand mon téléphone a sonné :
— Bonjour, c’est la police à l’appareil.
— Ah bon ? Mais je vous jure que je l’ai payée mon amende BVG ça doit être un malentendu.
— Nous nous trouvons actuellement dans votre appartement.
— Hein ? Quoi ?
— Un dégât des eaux. Vous êtes loin ?
— J’arrive.

10 minutes plus tard, le policier me tendait ma serrure brisée en deux et mon voisin, trempé, furieux, me demandait des serviettes pour qu’il puisse retourner éponger. On m’avait livré une machine à laver dans la journée, sauf que le gars qui devait l’installer s’est planté dans l’ouverture d’un robinet. Aujourd’hui mon concierge est venu pour faire un rapport à destination de l’assurance de l’immeuble. J’ai retenu une chose de sa visite dans ma salle de bain : c’est de MA faute. Oui certes, le livreur qui a oublié de fermer le robinet, oui certes l’ancienne proprio, enfin son plombier qui savait tout mieux que tout le monde mais moi aussi je suis maître d’oeuvre je sais de quoi je parle il faut arrêter de me prendre pour un idiot oui bon ben voilà je vous le dis de vous à moi ça il faut le changer et il va falloir payer. Mon concierge ne me porte pas dans son cœur. Il ne porte personne dans son coeur, il est déjà trop lourd je crois. Alors je sens que les réparations et la facture de l’électricien, ça va être pour moi. Injuste.

Injuste, c’est aussi ce qu’a ressenti mon copain A. ce week-end. Pin pon, bruit de sirène, bonjour monsieur, vous avez grillé un feu rouge. Mon copain A. n’est pas du genre rebelle. Il l’a été mais maintenant plus. Il paie ses impôts, il travaille, il a payé sa dette envers la société et donc c’est serein qu’il a reconnu les faits et tendu ses papiers d’identité. Le policier est entré dans sa voiture le temps d’établir l’amende puis il est ressorti, dissimulant à peine son sourire (ça c’est moi qui l’imagine) :
— Monsieur, nous avons toutes les raisons de penser que vous êtes actuellement sous l’emprise de drogue. Etes-vous prêt à passer un test d’urine devant nous.
— Non je ne suis pas prêt à ça. Par contre je veux bien faire tester ma transpiration.
— C’est impossible nous n’avons plus de tests en stock dans la voiture. Si vous refusez le test d’urine nous allons demander au juge l’autorisation de vous faire passer un test sanguin.
— Très bien, faites donc.
La police appelle le juge qui met quinze minutes à répondre.
— Pendant ce temps, nous autorisez-vous à regarder l’intérieur de votre sac ?
— Non.
— Très bien. Vous êtes en état d’arrestation.
Menottes. Confiscation des clés, arme jugée dangereuse. Appel du juge qui est partant pour le test.
— Bien, nous allons vous emmener au commissariat pour la prise de sang. Vous avez le droit d’attacher votre vélo à l’arbre là-bas si vous le souhaitez. Oui, je le souhaite, je peux avoir mes clés pour ça ?

Après avoir passé deux heures assis dans une cellule avec un mec bourré, et subi sa deuxième prise de sang de la journée (A. revenait de l’hôpital où il était allé donner son sang) il a pu rentrer chez lui. Tout ça parce qu’il n’a pas voulu pisser dans un gobelet en public et face à trois policiers. Tout ça parce qu’il y a huit ans, oui, il avait pris son vélo en ayant consommé. A. sort de cure de désintoxication. Parmi tous mes amis c’est le seul qui n’a jamais replongé. Alors quand il me raconte ça j’ai juste envie de crier. Injuste.