Et si on perdait le droit à l’IVG ?

En France, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) décidée pour des raisons non médicales (la vie de la mère ou de l’enfant n’est pas en danger) est légale depuis 1975 (loi Veil). Cela fait donc 41 ans. Impossible donc, que ce droit nous soit retiré un jour, pensez-vous. Et pourtant, et pourtant… Il suffit de jeter un œil hors de nos frontières pour se faire peur.

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Commençons par l’Espagne, car c’est sûrement le pays dont on a le plus parlé à ce sujet. En 2010, les Espagnoles gagnaient ENFIN le droit à l’avortement, après une réforme en ce sens votée par le gouvernement Zapatero. Mais fin 2013, le ministre de la justice Alberto Ruiz-Gallardón présentait un projet de réforme visant à n’autoriser l’avortement qu’en cas de viol ou de grave danger pour la vie, la santé physique ou psychique de la femme. En septembre 2014, après de nombreuses manifestations et mobilisations, le gouvernement de Mariano Rajoy enterre ce projet mais il modifie néanmoins la loi pour que les mineures n’aient plus accès à ce droit sans l’accord préalable de leur parents. Le Sénat adopte définitivement cette réforme en septembre 2015 : « pour l’interruption volontaire de grossesse d’une mineure (…), en plus de la manifestation de sa volonté, le consentement exprès de ses représentants légaux sera nécessaire ». On vous laisse méditer…

On en a un peu moins parlé, mais le Portugal a récemment connu une grosse frayeur. En juillet 2015, le Parlement (bien à droite) portugais décide de modifier la loi concernant l’IVG : les frais liés à un avortement seront entièrement pris en charge par la femme. En plus de payer ; celle-ci devra également subir des examens très stricts avant la procédure et se rendre au planning familial pour « bénéficier » d’un suivi psychologique. Là-bas, lui seront détaillées l’ensemble des allocations auxquelles elle aura droit si elle revient sur sa décision. Heureusement le Parlement a changé de bord depuis et travaille à rétablir la loi de 2007.

Vous l’aurez compris, nos voisines européennes nous le répètent, il faut rester vi-gi-lantes. Un acquis n’est jamais définitif. Un dernier exemple achèvera de vous convaincre : celui de la Pologne.

La Pologne est l’un des premiers pays à avoir autorisé l’avortement. Dès 1956, un médecin peut pratiquer un avortement « en raison des conditions de vie difficiles de la femme enceinte », ce qui libéralise en soi le droit à l’avortement. Après la chute du parti communiste, la Pologne voit l’influence de l’Église catholique prendre de plus en plus de place. En 1993, une nouvelle loi est votée et l’avortement n’est plus possible que dans le cas d’un viol, d’une malformation grave du fœtus ou d’un risque pour la vie ou la santé de la femme enceinte.
Aujourd’hui, des mouvements fondamentalistes veulent encore durcir la loi. Un projet de loi citoyen réunissant des centaines de milliers de signatures souhaite faire de l’avortement un crime, et l’interdire totalement, même en cas de danger pour la vie de la femme. Le texte est examiné aujourd’hui, 22 septembre, par le parlement polonais.

C’est bien connu, notre utérus est le premier lieu de contrôle de nos corps par le patriarcat. Il est donc essentiel de rester vigilantes et de garder à l’esprit que nos droits ne sont malheureusement jamais acquis pour la vie. Plusieurs campagnes à l’échelle européenne ont récemment été menées par des associations comme Osez Le Féminisme, comme My body is Mine en 2012 ou Not Guilty en 2016. On se rappelle également de Bougez pour l’IVG en 2015. Alors relayons-les!