Jan

J’avais rencontré Jan à un cours de yoga. Il venait faire de la pub pour son cabinet. C’était la première fois de l’année qu’un homme entrait dans le petit studio où le cours avait lieu. Moi qui avait un problème de placement du dos en guerrier deux, je me suis soudain retrouvée particulièrement droite, le sourire au coin des lèvres. Il faut dire qu’il était vraiment très beau. Grand, brun, les cheveux courts coiffés en brosse, un pantalon noir un peu lâche, tee-shirt blanc près du corps. Vraiment très beau. J’ai passé le cours à me sentir observée, Kirstin l’ayant invité à installer son tapis derrière moi. Pourtant je suis presque sûre qu’il ne me regardait pas, ou du moins pas de cette façon-là, mais moi, même sans le voir, je le regardais de cette façon-là. J’en avais des frissons jusque dans mes chevilles. Mes mains tremblaient un peu. Je faisais tout pour avoir l’air professionnelle pourtant, le dos droit, le regard franc, zénitude absolue.

Mais je brûlais de l’intérieur. 

Il y a eu cet exercice à deux, dos à dos, j’ai pensé défaillir un instant mais non. Jan a distribué ses cartes de visite, a bu un thé avec nous et s’en est allé.

Me voilà un-deux mois plus tard dans la salle d’attente de Jan. Il y a trois semaines on m’a renversée à vélo. Rien de grave mais cette douleur dans le bas du dos ne passe pas. Alors je me suis rappelée Jan, non pas que je l’ai un jour vraiment oublié, mais mince, il n’y a pas eu d’occasion, et puis bon. J’ai mis des sous-vêtements noirs. Je n’ai jamais passé autant de temps à choisir des sous-vêtements. Pourtant à quoi bon ? Noirs c’était évident. Pas transparents, surtout pas transparents, ça aussi c’était évident. Un bandeau noir. Une culotte DIM.

Mais à quoi bon déjà ?

Je me suis déshabillée sans le regarder, ai plié mes affaires avec attention, peut-être un peu trop, il m’attendait déjà sur son tabouret roulant.

-Place-toi ici, dos à moi, je vais vérifier quelques trucs avant de te manipuler.

Je me suis placée dos à lui, tremblante, comme lorsqu’il s’était installé dos à moi dans le studio lumineux. J’ai écarté mes pieds de la largeur des hanches, voilà comme ça, j’ai regardé droit, le dos droit, un peu raide oui c’est vrai. Et il a posé ses mains sur mes hanches.

-Penche-toi en avant.

J’ai soupiré. Vraiment ? Il s’est levé, a posé ses mains sur mes épaules, puis il a fait glisser ses doigts le long de ma colonne. Je rêvais qu’il trouve mille problèmes à cette colonne trop droite, mille manipulations à effectuer, des heures à moitié nue dans son cabinet, entre ses doigts.

Tu peux t’allonger sur le dos.

Je me suis allongée sur le dos, toujours sans le regarder. Chaque fois qu’il posait ses mains sur moi, un frisson s’échappait jusqu’à mon crâne, puis deux, puis un nuage d’émotions dans toutes les directions.

Tu as froid ? Tu as la chair de poule.

Non, tout sauf froid, vraiment chaud par contre. Je fermais les yeux de peur que mon désir se lise au fond de mes pupilles un peu trop sombres. Je me suis tournée, à droite, à gauche, me suis retrouvée contre lui plus d’une fois. Son bras sous mes reins, une main sur ma fesse, l’autre sur ma hanche, à faire craquer, me faire craquer. Facile mais vrai.

Il s’est placé derrière ma tête, j’ai fermé les yeux, senti ses doigts sur ma nuque, le haut de mon crâne. Il a écarté mes cheveux.

Laisse-toi faire, repose bien ta tête dans mes mains.

J’ai reposé ma tête. Fermé les yeux. Me suis laissée faire.

Et j’ai senti ses lèvres sur mon front, baiser délicat sur ma tempe, ses doigts ont glissé dans mes cheveux. Il a basculé ma tête vers la droite, a posé un autre baiser sur ma joue, sur l’arrête de mon nez, mon oreille. Son souffle dans mon oreille, respiration rapide, mon corps s’est tendu, chair de poule, j’ai mordu ma lèvre si fort que j’ai pensé la fendre, mes yeux s’agitaient en tous sens sous mes paupières, puis sa main a glissé vers mon cou, ses doigts ont caressé le haut de mon bandeau avant de prendre mon sein doucement. Son autre main a suivi la première, prenant mon sein dans sa paume. Ses lèvres sur les miennes, à l’envers, ses mains serrant mes seins l’un contre l’autre. Plus chaude que jamais, les yeux toujours fermés j’ai senti mes tétons se dresser. Mes jambes ont commencé à remuer, mes hanches se soulever. Ses lèvres ont quitté mes lèvres, ses mains ont quitté mes seins, un instant seule sur la table j’ai ouvert les paupières. Il était là, debout devant moi de l’autre côté de la table, à mes pieds. Plus gênée que jamais, mon désir brandi par chaque pore de ma peau, je serrais les bords de la table, mes ongles plantés dans le cuir, je relevai une jambe mais il m’arrêta de sa main. Il ramena ma cuisse contre le cuir, planta ses yeux dans les miens avant d’attraper le bas de son tee-shirt pour le passer par-dessus sa tête. À présent torse nu devant moi je mordais ma lèvre pour de bon, fermais les yeux en soupirant, les images rêvées de ce qui m’attendait dans les prochaines secondes aveuglaient mon corps, je ne pouvais demeurer immobile. Mes jambes montaient et descendaient, mes hanches se soulevaient seules, je lâchai la table pour passer ma main sur mon ventre, mes seins, mes cheveux, je cachais mon visage avant de rouvrir les yeux. Il défit sa ceinture, la fit glisser dans les passants, la posa entre mes chevilles. Un court instant je me figeai, inquiète, perdue. Il défit le bouton de son jean, la fermeture éclair, l’ôta, puis son caleçon. Il était là, à mes pieds, nu, vraiment beau. Le regard noir, brûlant de désir, il ne souriait pas. Je ne le craignais pas non, mais la force qui l’animait était si chaude qu’elle me brûlait la peau. Je le voulais tellement. Et vraisemblablement il me voulait aussi. J’avais relevé la tête quand il avait posé la ceinture sur la table, je la reposai sur le cuir, fermai les yeux. Quoiqu’il veuille je le ferai, j’avais confiance, je le voulais. Il posa ses doigts sur mon pied, puis ils glissèrent le long de ma jambe, ma cuisse, il ignora mon entre-jambe, longea l’os qui y plongeait, atteint mon nombril, remonta sur mes côtes, je tournai la tête vers lui, son ventre se rapprochait de moi, son sexe. Au moment où sa main atteignit mon visage, son sexe n’était plus qu’à quelques centimètres. J’avançai le menton, y déposai un baiser. Il caressa mes cheveux, puis attrapa mes bras. Il les releva au-dessus de ma tête.

Croise les poignets.

J’obéis, comme j’avais obéi jusque-là. Sa voix avait changé. Elle s’était faite plus grave, moins timide. Tant mieux. Il passa la ceinture autour de mes poignets et la serra. Puis il fit le tour de la table, sa main redescendant entre mes seins, mon nombril, ma hanche gauche cette fois, ma cuisse, l’intérieur de ma cuisse, ma cheville, mon pied. Il me sourit, me sourit vraiment. J’avais raison de lui faire confiance. Il attrapa mes cuisses et me tira vers lui, je souris, gardai les yeux ouverts, savourais l’entrave de mes bras, me cambrai. Il replia mes jambes, mes pieds à l’extrémité de la table, me sourit encore avant de s’agenouiller. Il passa ses bras dans le pli de mes genoux, ses mains attrapèrent l’intérieur de mes cuisses, me tira une fois de plus de quelques centimètres, mon clitoris se jeta sur le bout de sa langue. Je laissais échapper un soupir plein de rires. C’était si bon, si bon de plonger dans mon désir. Sa langue se fit douce mélodie, allant et venant sur un rythme lent, au rythme de mes soupirs finalement, il m’écoutait, c’était trop bon. Je me sentais frémir, bouger sur la table, mes bras coincés au-dessus de ma tête, mon corps et sa langue ne faisant qu’un, ses lèvres sur mes lèvres.

Il introduit un doigt en moi, je n’avais même pas senti sa main quitter ma cuisse. Celle-ci s’ouvrit encore plus, comme incapable de tenir droite. Alors comme le font souvent les amants, il releva la tête, son doigt en moi, il me regarda me tordre, gémir, relever et plaquer ma tête contre le cuir, mes mains se contractant de pur désir, il introduit deux doigts, sa main gauche serra plus fort ma cuisse, ses doigts plantés dans ma peau, il ferma les yeux, sa tête se renversa en arrière, il soupira. Je souriais, sensation délicieuse de l’homme qui prend plaisir à en donner… C’était presque trop. Je viens… Il planta à nouveau ses yeux dans les miens.

Alors viens.

Je ne voulais pas pourtant, je voulais l’attendre, mais cet ordre simple, les yeux dans les yeux, de cet homme nu devant moi, à l’extrémité de la table, me contemplant de haut, me dominant entièrement, fut de trop. Je jouissais en un déferlement de frissons, je sentis mon vagin se contracter autour de ses doigts, mes seins pointer comme jamais, ma nuque cassée en arrière, j’essayais de ne pas crier, mordais ma lèvre encore et encore. Il retira ses doigts, déplia mes jambes les releva à la verticale, les plaqua contre son torse, m’attira contre lui, en un instant il s’introduit en moi, bascula sa tête en arrière, ses mains plaquées à mes cuisses. Une immense chaleur se répandit dans mon cœur quand son sexe fut en moi, complètement immobile, les bras paralysés, les jambes entravées contre son torse, il allait vite. Je reprenais mes esprits, savourant ses coups de hanches. Puis il ouvrit les yeux, je lui souris, il me sourit à son tour, se retira, lâcha mes jambes.

Lève-toi.

Je me levai docilement.

Viens face à moi.

Je me plaçais face à lui, les fesses contre le bord de la table.

Retourne-toi.

Douce chaleur revenue. Dos à lui, si proche que son sexe effleurait ma peau. Frissons terribles, chair de poule.

Tu as froid, dit-il en riant, sans y croire.

Je ne bougeais pas, j’attendais. Sa main se posa sur ma nuque, l’inclina, je me penchai jusqu’à ce que mes seins s’écrasent contre le cuir. Ecarte tes jambes, un peu plus. J’écartai mes jambes, les bras dans le dos.

Son sexe droit plaqué entre mes fesses.

Il défit la ceinture, massa mes poignets. Je ramenai mes bras devant moi, j’attrapai les bords de la table, attendis. Il savourait ma position, je savourais la sienne. Puis d’une main il attrapa son sexe, l’inclina, de l’autre main il attrapa ma hanche, m’attira vers lui. Il reprit au même rythme puis ralentit, je le sentais plus dur que jamais, je savais que je ne jouirai pas mais je savourais, le regard perdu, le visage brûlant, les cheveux dans tous les sens. Il se pencha vers moi, passa un bras sous mon ventre, l’autre sous mes seins, je me cambrai, sentis le haut de son torse contre mes épaules, le mouvement se fit plus long, son visage à droite du mien j’entendais ses gémissements. Oui… Il jouit, ses soupirs délicieux dans mon oreille, son sexe au plus profond de moi, mes hanches écrasées contre la table, mes seins écrasés sous son bras. Je souris. Si bon de plonger dans ses désirs.

C’est le bruit des roulettes sur le parquet qui m’éveilla. Ses mains avaient quitté ma nuque.

C’est bon, tu peux te rhabiller on a fini pour aujourd’hui.

J’ouvrais brusquement les yeux, mes bras n’avaient pas quitté les bords de la table, culotte Dim et bandeau noir toujours en place, mais je sentais mes seins braqués vers le haut, les frissons sur mon corps, et cette chaleur entre mes jambes.

Je n’ai pas pu faire tout ce que je voulais mais on se revoit la semaine prochaine pour travailler ce qui a besoin d’être un peu plus travaillé.

Je tournais ma tête vers lui, incrédule. Gênée. Mortifiée. Désespérée.

Je vais juste contrôler une dernière fois ta position. Tu peux te mettre debout dos à moi ?