En direct des toilettes de Blagnac

J’écris cet édito depuis les toilettes de l’aéroport de Toulouse. Carrelage noir, toilettes propres, savons, serviette, on est franchement pas mal. Bon à part qu’il faudrait revoir le WI-FI les gars. Je suis coincée là pour deux bonnes heures et ça m’embête d’utiliser ma 3G. Toujours pas convaincue de la gratuité de la chose (mon téléphone est allemand).

Pourquoi je suis coincée là ? Mais à cause d’une bonne vieille cystite enfin ! Vous la connaissez l’infection urinaire sournoise qui vous chatouille la vulve le matin où vous devez prendre l’avion ? Ce doute existentiel qui vous prend à une heure de partir pour l’aéroport, car vous avez encore en tête la Cystite de platine de 2015, Shanghaï-Amsterdam, 11 heures de vol et un steward qui vous ravitaillait en capsules d’eau de 10cl avant qu’une hôtesse ne se réveille et vous fournisse la tant désirée bouteille d’un litre cinq.

Bref, ce matin je me suis dit : allez, tu as juste oublié de boire hier soir, tu es déshydratée, ça va le faire. Mais résultat : à peine l’avion décollé je me suis retrouvée à supplier le mec assis à la place 36C de changer de place avec moi pour aller aux toilettes aussi souvent que possible (et au final m’y installer pour de bon). Merci Ryanair et ses deux toilettes à l’arrière qui m’ont permis de ne déranger (presque) personne.

Big up au steward à qui j’ai murmuré « je vais vous acheter une bouteille d’eau mais en fait j’ai une infection urinaire.. Vous n’auriez pas une grande bouteille d’eau par hasard? » et qui m’a dit « attendez, on va faire autrement, dites-moi dès que vous avez besoin d’eau » en me tendant un gobelet en plastique avec 5 glaçons et de l’eau chaude dedans.

Encore un mec qui ne sait pas ce que c’est qu’une infection urinaire… Alors que mes copines c’était plutôt « OMG I FEEL YOU » quand je leur ai raconté une fois installé sur les WC de l’aéroport. Ma copine C. m’a raconté que elle, les infections, c’était après chaque déménagement. Ma copine J. après chaque moment de sexe un peu rough avec son mec. Mon autre copine J. quasi chaque fois qu’elle se disait que « oh, l’huile de coco est loin, la flemme »…

Même si c’est trop cool de se savoir comprise et soutenue dans ce moment douloureux, la colère et la déprime ne sont quand même pas loin. La déprime parce que fuck sérieux, j’avais des plans moi ce week-end, et ce n’était pas de passer l’aprem sur les chiottes de Blagnac en attendant que ça aille assez pour prendre le tramway. Et puis parce que ça veut dire qu’à partir de maintenant je vais recommencer à stresser à chaque fois que je couche avec X. et qu’après le sexe merde, j’ai pas envie de faire pipi, est-ce que se rincer suffira ? La déprime de pas savoir quelle est la cause exacte. De me dire : ben forcément, c’est psychosomatique, l’avion, le déménagement, hier tu remettais ton dernier jeu de clé à la locataire de ton appartement, ton petit nid douillet pendant 4 ans… Et puis l’épuisement, cette histoire d’agression sexuelle, le boulot… C’est normal quelque part. Normal ? Vraiment ? Parce que quand je tombe sur des articles qui expliquent que la cystite interstitielle (infection urinaire avec les urines claires voire transparentes) a des causes totalement inconnues et qu’elle touche pratiquement que des femmes, ça me fait un peu penser à l’endométriose. Et à toutes ces maladies exclusivement féminines qui n’ont, comme de par hasard, aucun traitement. Vous la voyez la colère qui vient là ?

Bref, je m’empresse de fermer tous mes onglets « infection urinaire » avant de faire une crise de panique, je pisse encore une fois dans ma bouteille transparente pour analyser le contenu mmm… Filaments blancs, TRES mauvais signe, et je me lance dans une autre recherche.

Endométriose, cystite à répétition, contraception… Et les mecs, dans la vie de tous les jours, est-ce qu’ils souffrent comme nous ? Est-ce que pour eux aussi le sexe c’est autant de peine (physique) que de plaisir ? Quels sont leurs maux à eux ?

Petite recherche Google. Comme je ne suis pas une pro et que je n’ai pas X. sous la main, le meilleur moyen reste de taper ce que je taperais si j’étais un mec et que j’avais un problème avec mon pénis :

ça commence bien. Leçon du jour : n’investir ni dans un iphone, ni dans un animal de compagnie. Et concernant les deux derniers : Bruna, as-tu utilisé mon ordi récemment ?

Je continue ma recherche mais oh, suprise :

Rien.

L’homme serait-il vulgaire ?

Bon ben non plus…

Bon je retente avec « pénis ».

Okay… L’homme est également soumis aux diktats de la société, c’est vrai, ce n’est pas l’apanage des femmes. Mon copain M. m’expliquait un jour qu’il était terrorisé à l’idée de sortir avec une fille. Moi, naïve: euh… À cause de ton acné ? Lui : euh… NON ! Parce que je ne gagne pas assez, parce que je ne suis pas assez drôle, intelligent, que mon appart est pas celui d’un adulte, que mon pénis n’est peut-être pas assez grand, que je ne vais pas réussir à la faire jouir, éjaculer trop vite ou pas du tout, parce que je vais débander à cause de la capote…

Ok, j’ai compris.

Bon, mais c’est pas ça que je cherche. Moi je cherche les maladies et douleurs que subissent potentiellement les hommes au quotidien, de quoi calmer ma colère quand je pense à X. (qui en soi n’a rien fait hein) en train de dévaler les pistes de ski tandis que mon week-end équitation toulousain est en train de se faire la malle dans les toilettes de Blagnac.

AH, on tient quelque chose. Je fait défiler la première page de résultats et quelque chose me surprend un peu. Et en même temps pas tant que ça : un lien sur deux renvoie vers un forum féminin. Journal des femmes, Femina, AuFeminin… Soit ce sont les femmes qui posent les questions pour leur mecs, soit ce sont les mecs qui n’ont pas trouvé d’autre endroit sur le web pour se renseigner. Serait-ce la preuve qu’ils sont trop peu nombreux à souffrir de quoique ce soit après ou à cause du sexe ? Ou que les femmes s’intéressent à leurs douleurs quand les hommes s’en contrefoutent des nôtres ? Non parce que quand on tape « douleurs vagin après rapport sexuel » on ne tombe pas sur le forum de GQ hein, qu’on se le dise.

Ah ben quand même ! Bon, mycoses et infections urinaires, on les a aussi et plus souvent donc on va pas les plaindre, mais la maladie de Lapeyronie, ça c’est réservé aux mecs. 9% ? On est dans le même ordre que l’endométriose ! Renseignons-nous davantage sur cette maladie (et arrêtons de sourire).

Bon, déjà je ne peux pas m’empêcher de remarquer que…

Je tape « maladie de lapeyronie », je vois toute de suite « traitement ». Alors que quand je tape « endométriose », je vois surtout « symptômes »:

#blasée.

Bon alors, Lapeyronie qu’est-ce que c’est. Quel est le degré de souffrance d’abord ?

En gros, c’est la courbure progressive de la verge qui rend les rapports douloureux voire impossibles. En chiffres ça donne :

3 à 9 % des hommes seront touchés un jour ou l’autre par une maladie de Lapeyronie. Certaines formes sont tellement minimes que les patients ne s’en aperçoivent pas.

5 à 10 % des personnes souffrant d’une maladie de Lapeyronie sont atteintes par une forme entraînant des déformations ou des gênes importantes.

La moyenne d’âge d’apparition tourne autour de 53-55 ans mais la maladie peut survenir à tout âge, de l’adolescence jusqu’à la fin de vie.

2 / 3 des patients sont améliorés par le Xiapex, nouveau traitement de la maladie de Lapeyronie. » (source urofrance)

Niveau souffrance ça dit pas grand chose, apparemment c’est pas toujours le cas et c’est supportable.

Quoi ? Cette bataille « qui souffre le plus » est complètement stérile et ne mène à rien ? JE SAIS. Mais là je vous avoue que je suis un peu au bout de ma vie avec mon urètre qui brûle et mes crampes au bas du ventre voyez-vous, et j’aimerais bien savoir qu’il n’y a pas que les femmes qui souffrent tous les mois (4 millions de Françaises sont atteintes d’endométriose) ou en tout cas plusieurs fois dans l’année (2 millions sont sujettes à des cystites à répétition et 50% des femmes connaîtront plusieurs cystites dans leur vie). Et savoir que les mecs aussi ont des maladies à la con qui leur sont réservées, ça me rassure. Enfin savoir qu’elle se déclare à 55 ans ça me fout quand même un peu les boules. Bref, j’arrête mes recherches, la femme de ménage tape à la porte. Souhaitez-moi bonne chance !