Avignon OFF : surprises, coups de coeur et déceptions

David Lafore par © Alexandra Yonnet

Cet été, Café Babel a envoyé Jule couvrir le Festival off d’Avignon. En parallèle de ses articles thématiques pour le magazine, retrouvez ici, chaque jour, les critiques des spectacles qu’elle est allée voir.

 

C’est l’heure du point de mi-week-end ! Sortez votre agenda et votre catalogue, c’est parti…

 

On prend le ciel, et on le coud à la terre aka j’adore ses chaussures

Déception. Non vraiment, et puis déception partagée à la sortie du spectacle. C’est dommage, on y allait les yeux fermés : du Christian Bobin joué par un comédien de talent, Yan Allegret, et accompagné en musique par le formidable Yann Féry. Mais ça ne prend pas. L’année dernière aux Halles il y avait également eu un très bon texte par un très bon comédien, Cap au Pire avec Denis Lavant, et là bizarrement ça avait fonctionné (et pourtant il fallait s’accrocher !), parce que Lavant s’était mis au service du texte, à 100%. Dans ce spectacle signé Yan Allegret on entend certes Bobin mais on voit surtout Yan Allegret. Qui passe et repasse et traverse et pose la main sur l’épaule de son musicien dans une jolie chemise et un superbe jean et où est-ce qu’il a acheté ses chaussures elles sont vachement bien et ça doit coûter un peu cher d’acheter des fleurs fraîches tous les jours et… Merde j’ai perdu le fil. Voilà, vous avez saisi.

On prend le ciel, et on le coud à la terre : Du 6 au 29 juillet à 22h30 au théâtre des Halles. Relâches les 9, 16 et 23 juillet.

 

Marx et la poupée aka des filles qui dépotent

Comment c’était vachement bien ! Mais ne cherchez pas, elles sont déjà reparties, il s’agissait plus d’une sortie de résidence que d’un spectacle rôdé (d’ailleurs les gars, va falloir bosser les lumières hein, wink wink). Toutefois, dans ce contexte difficile (salle obtenue au dernier moment, problème technique empêchant générale et filage), les comédienne, musicienne, traductrice (langue des signes) ont brillé, que dis-je, ont cassé la baraque. Qu’est-ce que c’était chouette ! Le texte de Maryam Madjidi est magnifiquement mis en voix par Elsa Rozenknop. Une scénographie simple, au service du texte, trois femmes ancrées qui n’en font ni trop peu ni pas assez, et nous voilà transportées en Iran, en France, dans la tête de cette petite fille surtout, le tout en musique et en signes. Que demander de plus ? Vivement l’année prochaine pour les retrouver sur scène !

Marx et la poupée : Affaire à suivre

 

Go, go, go, said the bird aka Camille Mutel brillante équilibriste

Le pitch donne terriblement envie, voyez vous-mêmes :

« Sur scène, trois performeurs cherchent à expérimenter et diriger les vagues d’envie de l’autre, d’envie de soi, les quêtes de jouissance et d’impossible satisfaction qui soutiennent nos liens, nos rapports sans rapports, et colorent inévitablement les échanges au sein de la relation humaine, quelle qu’elle soit. »

La vidéo de présentation nous a, elle, fait un peu peur (on sent ici les non spécialistes du genre) : un homme et une femme, nus, il y a des oeufs crus.

À l’entrée on nous demande si on est critique de danse : non, pourquoi, ça veut dire qu’on ne va rien comprendre ? Tant pis, on se lance.

© Madeleine Froment

Formidable. Beau comme l’affiche. Le spectacle érotique est sans doute le plus difficile numéro d’équilibriste. Ne pas tomber dans le porno, ne pas tomber dans le naïf, ne pas donner envie à tous les pervers du coin de venir se rincer l’oeil, rah, difficile difficile, mais ce pari, ce voyage sur la corde, Camille Mutel le réussit brillamment. C’est sensuel, c’est sensible bref, c’est érotique. Il en manque un : philosophique. Le spectacle est riche en plis et rondeurs, un vrai corps humain. Une performance plus que réussie qui mêle la voix hypnotique d’Isabelle Duthoit aux vidéo et photographies d’Osamu Kanemura. On a aimé, vraiment. Merci.

GO, GO, GO SAID THE BIRD (HUMAN KIND CANNOT BEAR VERY MUCH REALITY) : Du 7 au 19 juillet à 22h45 aux Hauts Plateaux. Relâches les 11 et 18 juillet.

 

Pour l’amour de Simone aka c’est une blague ?

Et voilà, à trop jouer les élitistes on s’est faites avoir. « Tiens, un Simone de Beauvoir, ça tombe bien je lis du Beauvoir en ce moment, et puis il y a plein de critiques presse, bah parfait on y va. Il y a d’autres spectacles sur Beauvoir ? Non mais regarde, toute la presse le recommande, on va plutôt à celui-là ».

Pffff. À Avignon on vous le dit et le redit : c’est le bouche à oreille qui compte ! Et la main à la bouche : beaucoup de bâillements pendant la représentation, ma voisine de droite s’est endormie (véridique) et deux personnes sont sorties. Côté applaudissements c’était limite limite pour le rappel…

Pour nous le problème n’est pas tant la pièce. Montrer la Simone de Beauvoir amoureuse est une très bonne idée, reprendre les lettres d’amour qu’elle a échangées avec trois de ses amants, Bost, Algren et Sartre, oui très bien, surtout qu’elles sont magnifiques, non le problème c’est le sous-texte, c’est ce que la pièce ne dit pas mais laisse très clairement sous-entendre, ce sont les mises en contexte d’Anne-Marie Philipe.

L’objectif de Pour l’Amour de Simone ? Nous montrer que Beauvoir n’était pas qu’une féministe rigide et coincée. Soit, on valide le projet. Mais si c’est pour nous offrir une facette de Simone qui n’est pas la réalité, on ne valide plus du tout. Quelqu’un qui n’aurait pas une idée claire et précise de qui était Simone de Beauvoir (rappelons-le, le Castor cumule les casquettes de féministe, philosophe et écrivaine) sortira de ce spectacle avec en tête l’image d’une femme sentimentale finalement très dépendante de Sartre et des hommes en général. Histoire de l’engoncer un peu plus dans le rôle de la femme qui joue la forte mais bon hein, smiley qui fait un clin d’oeil, on nous rappelle que le titre du livre qui l’a rendue célèbre pour la vie (on l’espère) n’était même pas d’elle (« le deuxième sexe » est une idée de Bost). Simone de Beauvoir a de multiples facettes, elle est aussi farouchement indépendante qu’amoureuse passionnée, aussi subtile qu’engagée, que ce soit dans ses textes philosophiques ou dans ses romans. Juste pour rappel : Sartre l’a demandée plusieurs fois en mariage et elle a refusé de l’épouser, elle a contribué précieusement aux théories fondatrices de l’existentialisme, et elle a su formuler ses propres idées sur le sujet, parfois très différentes de Jean-Paul (sur la notion de situation notamment). C’est bien de faire un spectacle sur l’une des facettes de Simone, malheureusement le résultat est, pour nous, un peu trop réducteur. Vraiment dommage.

Pour l’amour de SimoneDu 6 au 29 juillet à 18h50 au Petit Louvre. Relâches les 11,18 et 26 juillet.

 

David Lafore aka petite culotte de coton blanc

E-X-C-E-L-L-E-N-T.

Alors David Lafore on ne le connaissait pas mais déjà l’affiche nous vendait pas mal de rêve :

David Lafore, c’est un mec un peu nonchalant avec des yeux hyper expressifs. Mince ça ne va pas vous parler si je vous dis ça.

C’est un chanteur donc, mais pas genre chanteur euh… Enfin il joue hyper bien de sa guitare par exemple. Puis défois il chante carrément sans rien, sans micro. Mais il ne se prend pas au sérieux. Mais c’est pas un comique non plus. Enfin en même temps à chaque fois qu’il ouvre la bouche vous êtes mort de rire. Enfin c’est poétique aussi ces textes. Putain… « drôle et poétique », c’est la combinaison qu’on ne supporte plus, on vous en vend à tous les coins de rue du « drôle et poétique », arf. Attendez. Voilà, David Lafore c’est…

complètement WTF, c’est clair (en ça il nous rappelle un peu Katerine) :

et puis hyper drôle, mais qui fait peur parfois :

et hyper fin, sensible.

Bref, allez-y quoi ! Non mieux : courrez-y ! Et n’oubliez pas votre petite culotte surtout, elle saura, elle, de quoi je parle.

David Lafore : Du 6 au 29 juillet à 22h15 au théâtre des Vents. Relâches les 11, 18 et 25 juillet.