Avignon OFF : La Fugue

Cet été, Café Babel a envoyé Jule couvrir le Festival off d’Avignon. En parallèle de ses articles thématiques pour le magazine, retrouvez ici, chaque jour, les critiques des spectacles qu’elle est allée voir.

 

La Fugue aka à la recherche des proches perdus

Le point de départ de ce spectacle réunionnais ? Le marronnage, nom donné à la fuite des esclaves hors de la propriété de leurs maîtres. Une exposition y était consacrée au printemps 2017 à Saint-Paul. De quoi nous parle-t-on cet été en Avignon ? De celles et ceux qui disparaissent, volontairement. Ils et elles sont majeur·es, sont parti·es un matin et ne sont jamais revenu·es. Leurs proches s’organisent, remplissent des formulaires, rejoignent des groupes de soutien, tentent de vivre avec ce vide, ce manque, ces questions : où ? pourquoi ? pour combien de temps encore ? et que faire, en attendant l’esquisse d’une réponse ?

Un spectacle sur les « évaporés » comme on les appelle au Japon, avec, en sous-texte, le concept des « lignes de fuite » de Deleuze. On pense aussi à ces dizaines de jeunes qui ont rejoint le site de Notre Dame des Landes, sans rien dire, parce qu’ils et elles ne pouvaient tout simplement pas continuer leur vie ainsi. Enfin… On est censés y penser. Parce que tout ça, ce n’est qu’à la sortie du spectacle qu’on l’apprend, dossier de presse entre les mains… On aime beaucoup les textes aux différents niveaux de lecture, le problème avec celui-ci, c’est qu’on n’y a pas eu accès pendant la pièce. Tout ça est resté un peu plat, dommage.

Les comédiens sont excellents, c’est à souligner, la scénographie est soignée et la langue de Lolita Monga, un mélange de français, d’anglais et de créole est particulièrement intéressante : ntelligente, subtile, esthétique. On ressort donc un peu déçues, mais on a hâte de suivre cette jeune compagnie pleine de promesses !

La Fugue : Du 6 au 29 juillet à 15h00 au Théâtre du Chien qui fume. Relâches les 11, 18 et 25 juillet.