Avignon Off : J’appelle mes frères

Courtoisie de La Manufacture

Cet été, Café Babel a envoyé Jule couvrir le Festival off d’Avignon. En parallèle de ses articles thématiques pour le magazine, retrouvez ici, chaque jour, les critiques des spectacles qu’elle est allée voir.

 

J’appelle mes frères aka se fondre dans la masse

 

Il a failli nous arracher nos premières larmes, on n’était vraiment pas loin. J’appelle mes frères est l’un des formidables spectacles présentés cette année à la Manufacture (oui, nous avons un faible pour la Manufacture).

Le pitchAmor, jeune européen issu de l’immigration, marche dans sa ville au lendemain d’un attentat. Quelle attitude adopter quand on ressemble comme un frère à ceux qui…? Le téléphone sonne, ses proches s’inquiètent, ils connaissent ses angoisses et ses colères. Et Amor marche encore, court, tremble, erre, doute, sous le regard des passants. Est-il réellement observé, traqué, coupable ? Il s’inquiète de la suspicion, il se méfie de la méfiance, il a peur de son ombre.

©La manufacture (courtoisie)

Concrètement, sur scène : un jeune homme, fort sympathique, drôle, attachant, qui cherche à tout prix à se fondre dans la masse. Parce qu’il le sait, tout le monde le sait, ses frères, ses cousines, quand on ressemble à ceux qui… Et bien on nous regarde, on nous épie, on traque nos faits et gestes. Quand vous ressemblez à ceux qui… Et que vous souhaitez monter dans le métro avec un sac à dos, un foulard autour du cou, un petit couteau dans la poche… Comment faire pour avoir l’air naturel, serein, tranquille, et pour le rester ?

Pourquoi c’était formidable : les comédien·nes nous ont laissées sans voix. Priscilla Bescond, Kenza Lagnaoui, Maxime Le Gall et Slimane Yefsah brillent par leur justesse. Ils et elles portent la pièce de bout en bout, ne nous laissent aucun moment de répit. Éclairages, décors, costumes, tout est juste, tout fait sens (vous allez dire « c’est la base », mais en période de festival, ces bases se font parfois rares alors il est bon de le noter quand elles sont là).

Pourquoi on n’a pas pleuré comme on avait pleuré l’an dernier dans ce même lieu (la patinoire, idéale pour les scénographies soignées), parce qu’il manquait une toute petite étincelle. Peut-être un peu de musique, un tout petit peu plus de gravité, un chant tiens, venu de ce choeur de 11 amateurs et amatrices présent sur scène tout au long du spectacle. Mais bon, on ergote on ergote. C’était vraiment génial.

En résumé : chaudement recommandé !

J’appelle mes frères : Du 6 au 26 juillet à 15h55 à la Manufacture Patinoire. Relâches les 12 et 19 juillet.