Avignon OFF : 5 spectacles à voir

©Tom Proneur

Cet été, Café Babel a envoyé Jule couvrir le Festival off d’Avignon. En parallèle de ses articles thématiques pour le magazine, retrouvez ici, chaque jour, les critiques des spectacles qu’elle est allée voir.

 

Phasmes

Phasmes n.m. : du mot grec Phasma, qui signifie forme, apparition, vision, fantômes. Genre d’insectes orthoptères marcheurs, au corps allongé et frêle, remarquables par leur mimétisme avec les branches, brindilles ou tiges sur lesquelles ils séjournent.

30 minutes, 30 minutes de frissons, de chocs émotionnels, physiques, d’ondes délicieuses qui nous traversent de bout en bout. On se perd dans les vagues qui nous submergent, devenue phasmes nous-mêmes, nous n’avons plus non plus ni queue ni tête.

Voleak Ung et Vincent Brière forment un duo de main à main depuis 2011. Sept ans à se connaître, se frôler, se toucher, s’appuyer l’un sur l’autre, c’était peut-être la durée nécessaire pour donner vie à ces phasmes, à ces formes qui nous renvoient aux origines du monde, ces apparitions qui nous saisissent au détour d’un chemin de terre. Fascinés, impressionnés, émerveillés, soudain on a cinq ans, on a cinq ans et sur ce chemin jonché de feuilles d’automne on est saisi en plein mouvement, on s’arrête on ne pense plus on ne réfléchit plus on ouvre grand les yeux et on… Regarde ! On regarde ces formes aller et venir, s’aimer, se combattre, se détacher pour toujours se retrouver. La nature dans ce qu’elle a de plus beau, de plus insaisissable, de plus éphémère. 30 minutes…

À la fin du spectacle le public se lève dans un souffle. Bravo, bravo, crier encore pour le reprendre, son souffle.

Phasmes : Dernière représentation le 17 juillet. Spectacle à suivre absolument.

 

Niki de Saint Phalle, vivre !

Vous avez envie de (re)découvrir Niki de Saint Phalle, vous souhaitez en savoir plus sur sa vie, son travail, ses combats, ses angoisses, mais vous avez la flemme de télécharger un podcast ou vous doutez de l’exactitude des informations qui vous seront délivrées ? Niki de Saint Phalle, vivre ! est le spectacle qu’il vous faut.

Il remplit parfaitement sa mission : nous faire découvrir cette artiste extraordinaire sous toutes ses facettes. Certes, Juliette Andréa Thierrée cumule tous les rôles (auteure, metteuse en scène, interprète) – dangereux ! – mais elle s’en sort haut la main : son interprétation est très juste. Sa collaboration avec Marcelo Zitelli, qui a très bien connu Niki de Saint Phalle, lui permet d’éviter tous les pièges et de ne jamais tomber dans le cliché. On apprend, sans s’en rendre compte, on rit, on tremble. Surtout, on est touché par la passion et la sincérité qui se dégagent de ce spectacle. Merci !

Niki de Saint Phalle, vivre ! : Du 6 au 29 juillet à 22h30 à l’Espace Roseau Teinturiers. Relâches les 11, 18 et 25 juillet.

 

La Musica Deuxième

Faut-il avoir connu dix ans d’amour puis une séparation pour savourer pleinement ce spectacle ? Peut-être, sans doute. Non.

Non, parce qu’avec une mise en scène aussi pertinente, subtile et juste, impossible de rester impassible. Guillemette Laurent pourrait se reposer sur le texte, brillant, de Duras, mais elle le sublime, nous arrachant au passage larmes et sourires. On vient pour Marguerite Duras, on reviendra pour Guillemette Laurent.

C’est d’amour qu’on parle sur scène, c’est l’amour qu’on découvre sur scène. Des personnages entre eux mais pas que. L’amour de la mise en scène, du jeu d’acteur, du corps incarné. Une réussite au millimètre près. Catherine Salée et Yoann Blanc signent une performance parfaite, servis par le travail remarquable de Christine Grégoire et Nicolas Mouzet-Tagawa à la scénographie et aux costumes.

La Musica Deuxième : Du 6 au 26 juillet à 10h30 au Théâtre des Doms. Relâches les 11 et 18 juillet.

 

Bienvenue en Corée du Nord

Au moment de s’asseoir, on ne savait plus très bien ce qu’on allait voir. À l’époque où le théâtre des Halles publiait les trailers de ses spectacles on avait flashé sur celui-là, mais le pitch, mince, c’était quoi déjà ? Derrière nous une femme demande combien de temps ça dure, une autre lui répond « Une heure trente, mais on rit tellement qu’on ne voit pas le temps passer ». La dame en serait déjà à sa deuxième représentation ? Héhéhé ça promet.

Une heure trente plus tard : c’est officiel, l’année prochaine on ne verra que du clown. Qu’est-ce que c’est bon, qu’est-ce que ça fait du bien.

Le pitch ? Improbable : nos 4 protagonistes souhaitent monter un nouveau spectacle, mais n’étant pas les pros de la rigueur et de la ponctualité, la compagnie décide de partir faire un stage en Corée du Nord. Fraîchement débarqués de l’avion, ils et elles filent nous rejoindre sur scène pour nous faire partager leurs impressions.

Drôle ? Hilarant. Marie-Laure Baudain, Alexandre Chatelin, Laura Deforge et Adélaïde Langlois sont d’une justesse remarquable, leurs clowns, terriblement attachants.

Engagé ? Of course ! Le rire, toujours, pour ouvrir nos coeurs, nous laisser sans défense et recevoir en pleine tête l’absurdité du monde.

Impossible n’est pas clownesque. La Corée du Nord comme sujet de spectacle ? Il n’y a que des clowns qui pouvaient oser, et ça tombe bien, ceux-là l’ont fait. Ils osent et ils osent tout. Avec brio. Attention : spectacle décapant qui fait un bien fou.

Bienvenue en Corée du Nord : Du 5 au 29 juillet à 14h00 au Théâtre des Halles. Relâches les 9, 16 et 23 juillet.

 

Rouge

Douceur. Chaleur. Souvenirs. Rouge est un « spectacle madeleine de Proust ». Quatre comédien·nes nous plongent au coeur d’un été en famille. Un été comme on l’a tou·te·s connu, vécu, vu ou tout simplement lu. Grand-mère peine à lever la voix pour nous envoyer au lit, grand-père est invisible mais la ride sur son front nous inquiète, le voisin nous guette pour aller jouer près du fleuve, maman aime respirer notre odeur de framboises et de vanille.

Niais ? Non.

Lisse ? Doux.

En un mot ? Généreux.

Le texte, le jeu des acteur·ices, la mise en scène, c’est simple (mais pas simpliste), sincère et extrêmement généreux. La parfaite pause sensorielle et sensuelle de fin d’après-midi. Le spectacle qu’il nous fallait pour mettre de côté notre snobisme, pour nous rappeler que dans les salles de 49 places se cachent parfois – souvent – de vrais bijoux.

Rouge : Du 5 au 26 juillet à 19h30 au Théâtre des Barriques. Relâches les 10, 17 et 24 juillet.