Berlin ou l’art de draguer en partageant (sa table)

Flickr - CC - Richard Ricciardi

Ca y est, ce soir c’est LE soir.
Vous vous rendez au restaurant avec lui. LUI. Vous l’avez rencontré sur Parship (ben oui, vous avez fini par craquer à force de voir les affiches dans le métro), vous lui avez proposé d’être votre tandem, et espérez secrètement que ça ne le restera pas. Non pas que son niveau de français soit trop bon pour votre niveau d’allemand mais parce que vous venez de découvrir les charmes de l’accent de votre tandem, et ses répliques toutes mimis choupis « si tu savais dans quoi je me suis manoeuvré! ».

Rendez-vous à 19h30 devant un resto tibéto-afghan « paléo-vegan fusion food » (ben ouais, Berlin). Il est 20h10 et vous arrivez toute pimpante. Stefan (on va l’appeler comme ça, s’il a dans les 25-30 ans, il y a 98% de chance que ce soit son prénom) est là depuis 19h20.
Main tendue dans le vent, hug, bise ratée, gêne, « ça va ? », sourires, ça caille et les ventres crient famine.

Entrée dans le resto. Une fois passés les gros rideaux juste derrière le pas de la porte, vous constatez qu’il y a de la place. Vous patientez. Patientez. Attendez que le serveur vienne vous chercher mais il ne viendra jamais. Stefan lui, a déjà posé sa veste et s’est assis à la première table libre. Il vous regarde étonné en vous voyant plantée à l’entrée (ici donc, le serveur n’est pas tenu de venir vous chercher et de vous placer à une table libre. Entrez et prenez place, gardez-le en tête).

Tout va bien, le repas est agréable. Vous flirtez. Stefan vous répond profondément, métaphysiquement et très sérieusement. Vous flirtez de nouveau. Stefan l’a compris mais vous demande votre avis sur la présidentielle à venir (soupirs).

19h50, c’est le drame. La stupeur. Vous en recrachez presque votre lassi (au soja) thé vert quinoa agrémenté d’algues indonésiennes.
Deux personnes, totalement inconnues, vous sourient et s’assoient à votre table. VOTRE table, bon sang. Les mots vous manquent. Vos tripes de français crient « Mais c’est MA table ». Stefan n’est pas gêné. Et pour cause, tout est normal !

Car oui, particularité de la culture allemande au restaurant, il est tout à fait possible, lorsqu’un resto est plein, de se joindre à d’autres personnes sur une même table lorsque la place le permet. Étonnant pour nous, pourtant convivial et surtout pragmatique de la part du resto. C’est ce qui s’appelle manger « coude contre coude ». Une fois que vous aurez pris le coup, ça ne provoquera plus aucune gêne et vous vous régalerez de la tête de vos visiteurs français face à cette situation (déjà estomaqués de ne pas avoir de corbeille de pain sur la table, et l’eau c’est payant ou quoi??).

Précision tout de même, la table est partagée, pas les plats. Ne vous emportez pas dans un élan de convivialité et ne picorez pas chez vos voisins. Tenez-vous bon sang !

Votre repas s’achève donc ainsi. Dans votre gêne, vous avez eu de la chance car les deux personnes à côté n’étaient pas françaises et n’ont donc pas compris vos tentatives d’approche désespérées vers Stefan (« Ah mais moi j’aimerais beaucoup découvrir Braunschweig, au mois de janvier ça a l’air top » <– mensonge purement intéressé).

Le moment de l’addition est arrivé et vous le savez : comme une table au restaurant, l’addition se partage également. #GETRENNT

Sinon Alex vous propose de draguer en partageant une visite guidée, ce samedi 29 avril à Friedrichshain, pensez à réserver!